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Canopée

le  17/11/2022   au Palais des Glaces (grande salle), 37 rue du fg du Temple 75010 Paris (du jeudi au samedi à 21h)

Mise en scène de Patrick de Valette avec Boris Vigneron écrit par Boris Vigneron




De sa grosse voix trafiquée, une sorte de gourou costumé, chapeau et redingote un peu comme le Willy Wonka de « Charlie et la Chocolaterie », s’adresse à nous et débute le spectacle : le rythme est donné ainsi que la tonalité du show. Ce sera apparemment un spectacle musical teinté de discours écolo. Voix grave, synthés, effets lumineux, le spectateur est ainsi mis dans l’ambiance de ce qui s’annonce comme un voyage techno-écolo. « Imaginez-vous sur le toit du monde, derrière nous s’étale la canopée sauvage, et devant nous la canopée humaine… un animal se détache, c’est l’Homme ». Et le gourou de se transformer en magicien, disparaissant et réapparaissant, toujours muni de son chapeau musical, de ses longs cheveux et de sa voix caverneuse.
Le spectateur est rapidement fasciné par les divers talents de ce personnage étrange qui, entre acrobaties et morceaux technos, continue d’évoquer le regrettable éloignement entre l’humanité et la nature. Mais soudain, à la faveur d’une chanson intitulée « boycott » qui est supposée traiter de la « sobriété heureuse », tout déraille : la technique fait défaut et le gourou, bientôt mis à nu, n’a d’autre choix que d’empoigner sa guitare et d’interpréter le reste de son show presque sans micro. Rien n’y fait, malgré les multiples interventions du technicien sur le plateau, rien ne refonctionne. De gourou super techno, le héros de la soirée se transforme bientôt en primaire primate sans ressort technique.
Juché sur une structure centrale en forme d’agrès abritant ses synthés, l’ancien circassien
virevolte sous les yeux admiratifs du public. Aux commandes de ses synthés, le musicien fait bientôt battre du pied. Même démuni de ses machines, le chanteur à la belle voix toujours juste, compose devant nous une boucle musicale entrainante parfois uniquement composée des sons qu’il génère. Et enfin, le comédien seul en scène fait jubiler son public sous les assauts de son autodérision.
A l’exemple de cette saillie devant le fiasco total du spectacle du aux problèmes techniques, « c’est un spectacle que j’ai élaboré pendant un stage de développement personnel consacré à la manière de faire face à l’échec ». L’écologie, thème traité souvent fort sérieusement en prend ici pour son grade : « j’avais l’impression que chasseur cueilleur c’était bien…C’est détendu chasseur cueilleur ». L’humour fait mouche et le discours semi rigolard porte ainsi plus que des slogans entendus ailleurs.
Précisons que l’auteur de ces lignes n’avait pas lu à l’avance le descriptif du spectacle et ne savait pas ce qu’il allait voir. Et force est de constater qu’à la sortie de « Canopée », on n’en sait pas plus sur la nature du spectacle : concert, spectacle de cirque, seul en scène comique, le show est un hybride talentueux. Humour, talent et discours construit sur l’écologie sont les trois piliers de ce show foncièrement original que Boris Vigneron a conçu et interprète. Le sourire aux lèvres, le spectateur sort ainsi de la grande salle du Palais des Glaces avec le sentiment, étrange, et agréable d’avoir assisté à un OTNI, un objet théâtral non identifié proprement fascinant.

Eric Dotter



 
 
 
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