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Lorsque Françoise paraît

le  02/10/2020   au théâtre Lepic, 1 avenue Junot 75018 Paris (nouveaux horaires : jeudi et vendredi à 18h45, samedi à 15h et 17h, et dimanche à 16h)

Mise en scène de Eric Bu avec Sophie Forte, Christine Gagnepain et Stéphane Giletta écrit par Eric Bu




Comment devient-on François Dolto ? C’est la question autour de laquelle s’articule la comédie qui, sous le titre très transparent de « Lorsque Françoise parait », choisit de raconter la vie et l’œuvre de la psychanalyste. Avant de devenir la très médiatique psy des ondes dans les années 76-78, Françoise Marette nait en 1908 dans le très bourgeois 16 ème arrondissement, élevée par une mère royaliste et rigide (le vouvoiement est de rigueur).
Françoise est très vite à part : toute petite, elle décortique les mots, analyse les situations, au grand désespoir de sa mère, qui ne se remet pas de la disparition de sa fille ainée préférée. Il faut dire que la petite fille est un peu en avance pour cette société qui colporte encore avec elle les reliquats réactionnaires hérités du 19 ème siècle. Ainsi attire-telle la stupéfaction lorsque son oncle et parrain Pierre meurt à la guerre. Fiancée symboliquement avec lui quelques temps auparavant, elle se déclare veuve de guerre…Elle n’a que 7 ans.
Coincé entre son épouse tyrannique et sa fille qu’il aime, le père de Françoise l’encourage à la curiosité. Contre sa femme, totalement scandalisée que sa fille puisse vouloir autre chose que devenir une parfaite épouse, il soutiendra sa fille tout au long du dur cheminement qui la mènera sur les bancs de la Sorbonne, à sa thèse de médecin (à l’époque, on n’envisage même pas qu’une femme puisse être médecin) et de psy des enfants. On est loin, très loin du précepte enseigné par le curé qui recueille sa confession le jour de sa première communion « quand vous recevrez Dieu, vous lui demanderez de vous accorder de ne plus penser » !
Une grande part de la pièce est ainsi consacrée à l’enfance de Françoise Dolto, une enfance qui jouera un rôle fondamental dans la construction de la femme mais aussi de la future psy des enfants. C’est une Sophie Forte formidable qui incarne tout du long Françoise Dolto, de ses 4 à ses 80 ans (elle mourra le 25/08/1988). Sans jamais jouer la caricature, elle incarne la jovialité de la petite fille et la bienveillance bonhomme de la psychanalyste, au point de restituer les intonations de la grande dame. Fort intelligemment, la pièce nous montre aussi la femme adulte, en compagnie de son russe de mari (un ogre à l’humeur toujours bouillonnante) mais aussi de ses enfants Catherine (qui prendra sa succession) et Yvan Chrysostome (plus connu sous le nom de Carlos, l’inoubliable chanteur de « Rosalie »). On la voit aussi au travail, dénouant devant les yeux du public trois cas d’espèces d’enfants en souffrance, résumant de manière lumineuse et brillante la « méthode Françoise Dolto », faite d’écoute et de bienveillance.
La comédienne est parfaitement encadrée par deux acteurs caméléon qui jouent tous les autres rôles. On retiendra bien sûr Christine Gagnepain, alias la mère rigide, mais on est aussi amusé et ému lorsqu’elle interprète l’enfant venue consulter la psy en compagnie de son père. Quant à Stéphane Giletta, qui incarne le père, mais aussi le BAG (bon ange gardien) de Françoise, il fait également (entre autres) un Jacques Lacan plus vrai que nature, tics inclus. Que l’on connaisse ou pas Françoise Dolto, on est séduit, bien sûr par les comédiens mais aussi par la poésie du texte et de la mise en scène si sensibles et attachants d’Eric Bu.
Avec peu de moyens, l’imagination est au pouvoir et l’on passe d’un univers à l’autre par le jeu des accessoires et de la lumière. On sort du fort joli théâtre Lepic le sourire aux lèvres et la larme à l’œil.

E.D



 
 
 
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