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La forme de l’eau

Sortie  le  21/02/2018  

De Guillermo del Toro avec Sally Hawkins, Michael Shannon, Richard Jenkins, Doug Jones, Michael Stuhlbarg et Octavia Spencer


Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence morne et solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres…

Et si, par le plus grand des hasards, « L’étrange créature du lac noir », célèbre film d’horreur U.S. en noir et blanc tourné en 1954, avait été capturée près d’un obscur lagon en Amazonie et emprisonnée dans un centre de recherche aérospatiale aux Etats-Unis afin de servir de « cobaye » à des expériences « amphibies », pardon, de survie en apesanteur, quelques temps avant d’envoyer un américain dans l’espace courant des années 60 ? A partir de ce scénario visionnaire tout à fait possible (qui d’ailleurs pourrait très bien servir de suite à ce bon vieux long métrage devenu culte !), le réalisateur mexicain Guillermo del Toro a imaginé que cette « chose » unique d’origine sauvage, vivant habituellement dans un milieu aquatique mais retenue contre son gré dans un laboratoire et subissant les tortures et autres sévices de la part d’un « scientifique » irascible, pouvait très bien tenter de s’en échapper avec l’aide précieuse de sa nouvelle « conquête », une humaine aphasique, une « simplette » mutique ou si vous préférez silencieuse, bref, une « princesse sans voix » qui officie en tant que « nettoyeuse de merde » et « épongeuse de pipi » au sein de ce lieu sordide, sombre, froid et inhospitalier !
On connaît les goûts très prononcés de Guillermo pour le genre aussi bien d’anticipation (Mimic) que d’épouvante (L’échine du diable ; Crimson Peak), de vampire (Blade 2) que de science-fiction (Pacific rim) et même de fantastique (Le labyrinthe de Pan ; Hellboy 1 & 2). A ce sujet et concernant justement ce dernier film, la créature représentée ici et d’un réalisme saisissant ressemble un peu au démon rouge tiré d’un comic et interprétée par Ron Perlman, les muscles en moins mais les nageoires en plus ! Cette fois, il dépeint la peur du rejet par la société, de l’inconnu (une bête « abominable » qui pourtant est dotée d’intelligence et communique) et de la différence (le racisme ambiant qui sévit fortement à cette période de l’Histoire des U.S.A.) avec beaucoup (trop) de sensibilité, transformant cette histoire effrayante (plus sous les traits de l’acteur Michael Shannon que de la bête elle-même !) en mélo douceâtre limite sirupeux, sur fond de protection des « animaux » (la SPA n’est pas loin !), de guerre froide (avec la présence de russes légèrement caricaturaux sur les bords) et de nostalgie vintage (entre autres à l’époque de l’âge d’or des comédies musicales américaines).
Passé ce constat qui plaira sans aucun doute à un assez large public dit aussi familial, il faut tout de même reconnaître que del Toro sait y faire concernant ses choix autant à travers le casting avec notamment Sally Hawkins (Blue Jasmine ; Be happy), Michael Shannon (Noces rebelles ; Midnight special, Take shelter ; 99 homes), Richard Jenkins (The barber ; Intolérable cruauté ; Le royaume ; The visitor) et l’oscarisée Octavia Spencer (La couleur des sentiments ; La fabuleuse Gilly Hopkins ; Les figures de l’ombre ; Mary), que l’atmosphère baroque baignée d’une photo tour à tour colorée et nuancée (les décors intérieurs – l’appartement et le centre de recherche - nous font penser à ceux vus dans les productions de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro : Delicatessen et La cité des enfants perdus) et la BO rétro certes franchement envoûtante mais un peu trop lente (merci au compositeur français Alexandre Desplat !), ponctuée même d’une petite reprise de La javanaise de Gainsbourg dans une version des plus originales qui soit. Ce n’est pas pour rien si cette relecture du conte « La belle et la bête » a remporté le Lion d’Or du meilleur film à la Mostra de Venise 2017......

C.LB



 
 
 
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