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Un prophète (sur Canal + Grand Ecran)

Sortie  le  07/06/2024  

De Jacques Audiard avec Tahar Rahim, Niels Arestrup, Adel Bencherif, Reda Kateb, Hichem Yacoubi et Jean-Philippe Ricci


Condamné à 6 ans de prison, Malik El Djebena ne sait ni lire, ni écrire. A son arrivée en Centrale, seul au monde, il paraît plus jeune, plus fragile que les autres détenus. Il a 19 ans. D’emblée, il tombe sous la coupe d’un groupe de prisonniers corses qui fait régner sa loi dans la prison. Le jeune homme apprend vite. Au fil des « missions », il s’endurcit et gagne la confiance des corses. Mais, très vite, Malik utilise toute son intelligence pour développer discrètement son propre réseau…..

Grand Prix du festival de Cannes en 2009, Un prophète ne peut qu’aiguiser notre grande curiosité cinématographique, d’autant qu’il a été réalisé par l’excellent Jacques Audiard, toujours prompt à nous raconter des histoires réalistes et passionnantes, aussi poignantes que palpitantes (souvenez-vous de Un héros très discret – en compétition à Cannes en 1996 et pour lequel il était reparti avec le prix du meilleur scénario -, Sur mes lèvres ou encore De battre mon cœur s’est arrêté !). Cette fois, il nous emmène dans le milieu carcéral, dans l’univers des prisonniers et des matons où gravite un semblant d’ordre mais une tension palpable et une peur certaine, et cela à travers tout un monde extrêmement codifié, avec sa propre hiérarchie, ses propres conventions, rituels, limites, trafics et autres combines qui régissent plus ou moins bien le « bon fonctionnement » intérieur de ce petit microcosme entre 4 murs, cette petite société qui vit quasiment en vase clos.
On assiste autant à la violence verbale que physique qui sévit au sein de cette institution oh combien décriée depuis quelques temps (mauvaises conditions de détention, suicides à répétition, surpeuplement des prisons, manque d’effectifs,….), où il semble que les bandes de voyous, qui y purgent un certain nombre d’années (souvent de mitard), soient bien plus à même de faire régner « l’ordre établi » que les surveillants eux-mêmes. Rien ne nous est épargné, ni les insultes, rapports de force, sévices, ratonnades, règlements de compte en tout genre et encore moins les tueries, mais de telle façon qu’on ne soit pas vraiment choqué par l’image, difficilement supportable par moment, qui nous est renvoyée d’une pareille incarcération : pas de véritables passages à l’acte dans le sens propre du terme, juste l’ambiance sous tension qui s’installe inexorablement et les quelques causes à effet qui s’ensuivent irrémédiablement. Bref, la dure réalité de la vie en prison, toujours à fleur de peau et sans aucune concession !
Et parmi cette incroyable faune qui (sur)vit en cage, on suit le parcours initiatique et l’ascension « sociale » d’un jeune délinquant, au départ inexpérimenté, naïf, démuni et de plus analphabète (joué par le formidable et époustouflant Tahar Rahim, très nature et un peu aux allures juvéniles d’Olivier Martinez, vu dans A l’intérieur – déjà un titre prémonitoire ! -, ainsi que dans la série télévisée sur Canal +, La commune), qui va gravir petit à petit et consciencieusement tous les échelons du (grand) banditisme pour voler de ses propres ailes, et cela sans crier gare et surtout sans éveiller les soupçons de son chef, le caïd local qui l’a prit d’« affection » et sous sa protection, interprété par le merveilleux et brillant Niels Arestrup, toujours aussi teigneux et toujours plus virulent d’une prestation à l’autre (déjà présent dans De battre mon cœur s’est arrêté, pour lequel il a remporté le César du meilleur second rôle, et aussi dans la géniale série noire diffusée cet été sur France 2, Tirez sur le caviste). Choisi par ce dernier comme les yeux et les oreilles de la prison, ou plutôt à son service malgré lui comme homme à tout faire (pour ne pas dire larbin !), la petite frappe paumée, qu’il était en entrant en Centrale, fera le grand écart et deviendra plus endurci et pertinent que jamais, notamment lors de ses rares permissions, avant de se transformera en parrain moderne respecté après avoir évincé son ancien « taulier » et purgé sa peine. D’ailleurs, une des phrases du film résume assez bien l’esprit du milieu pénitentiaire : « l’idée est de sortir de prison un peu moins con qu’on était rentré ! ».
Voilà donc l’un des évènements de Cannes, du cinéma de genre et de qualité grâce à un polar coup de poing, filmé comme une enquête intense, profonde et mouvementée ! Maintenant, la question qu’on est en droit de se poser, c’est de savoir si, fatalement, la prison ne forme pas, inévitablement et dans tous les cas, des « gangsters » qui, une fois sortis, deviendront encore plus « aguerris » et « dangereux » que lorsqu’ils étaient dedans. Là est toute l’ambiguïté du système pénitentiaire qui ne produit malheureusement pas toujours que des agneaux doux et dociles. Les chiens ne font pas des chats, c’est sûr et même évident, sinon, ça se saurait depuis bien longtemps !

C.LB



 
 
 
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