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Les noces rebelles (sur Canal + Grand Ecran)

Sortie  le  02/12/2022  

De Sam Mendès avec Leonardo Di Caprio, Kate Winslet, Kathy Bates, Michael Shannon, Kathryn Hahn et David Harbour (sur Canal + Grand Ecran les 02, 04, 06 et 09/12)


Dans l’Amérique des années 50, Frank et April Wheeler se considèrent comme des êtres à part, des gens spéciaux, différents des autres. Ils ont toujours voulu fonder leur existence sur des idéaux élevés. Lorsqu’ils emménagent dans leur nouvelle maison sur Revolutionary road, ils proclament fièrement leur indépendance. Jamais ils ne se conformeront à l’inertie banlieusarde qui les entoure, jamais ils ne se feront piéger par les conventions sociales. Pourtant, malgré leur charme et leur insolence, les Wheeler deviennent exactement ce qu’ils ne voulaient pas : un homme coincé dans un emploi sans intérêt ; une ménagère qui rêve de passion et d’une existence trépidante. Une famille américaine ordinaire ayant perdu ses rêves et ses illusions. Décidée à changer de vie, April imagine un plan audacieux pour tout recommencer, quitter leur petite routine confortable dans le Connecticut pour aller vivre à Paris. Mais lorsqu’ils mettent l’idée en pratique, les époux se retrouvent confrontés à des limites qu’aucun d’eux ne soupçonnait. L’un est prêt à tout pour s’échapper, à n’importe quel prix. L’autre mettra tout en œuvre pour sauver ce qu’il leur reste, quelq que soient les compromis. Frank et April vont découvrir s’il est possible ou non de s’affranchir de la norme sans détruire leur couple.

N’avez-vous jamais été, à un moment ou à un autre de votre vie, confronté à un tournant de votre destin, à cette recherche de bonheur et à ce besoin de le préserver lorsque celui-ci commence à vaciller ou est sur le point d’éclater, bref, à ce genre de dilemme existentiel que peut être le simple fait de surmonter des problèmes personnels en tentant de briser la routine quotidienne d’une existence à 2, style métro-boulot-dodo-marmots, sans pour autant briser votre mariage ? Bien difficile de faire un tel (« bon ») choix, de vouloir espérer changer de vie de manière radicale sans pour autant rencontrer les inconvénients inhérents à cette prise de décision au sein d’un couple ! En fait, il n’y a que 2 possibilités qui peuvent se présenter : soit vous restez bien sagement chez « vous » à continuer à mener l’existence pas très exaltante que vous avez toujours eu sans vraiment rien transformer ou innover, dans l’espoir que ça dure ; soit vous tentez autre chose, la grande aventure par exemple, en recommençant tout à zéro pour espérer entreprendre quelque chose de nouveau, de neuf et si possible de palpitant, afin de faire perdurer ce bonheur souvent si fragile.
C’est justement le cas de figure qui se présente ici pour 2 jeunes tourtereaux pleins de désirs, de promesses et d’idéaux mais aussi bercés par pas mal d’illusions et d’obligations, eux qui se veulent différents, voire exceptionnels, du reste du monde (cela ne vous rappelle pas « je suis le maître du monde », la phrase de Di Caprio sur la proue du Titanic !) et qui, pour justifier ce besoin de changement, décident de se refaire une nouvelle vie moins conformiste et monotone ailleurs. Il ont beau considérer leur existence « désespérante » qui est à la limite du naufrage, ils sont néanmoins traités de personnes contrariantes, de farfelus et même d’hallucinés par leurs amis et proches, alors qu’ils n’aspirent qu’à une chose, à une nouvelle destinée et à s’ouvrir à un nouvel horizon plus exaltant et heureux que celui qu’ils ont actuellement.
Ce couple, tout en contradiction et en compromis, au bord de la destruction et sur le point de se déchirer, n’est autre que celui très mythique de Titanic qui permet de réunir à nouveau à l’écran les célèbres Kate Winslet et Leonardo Di Caprio, et de fêter 11 ans plus tard leur grande retrouvaille au sommet. Ils n’ont pas beaucoup changé, même après toutes ces années, elle toujours aussi ravissante et captivante dans un rôle d’une femme au foyer et romantique exacerbé qui se sent inutile et qui rêve à d’autres espoirs (elle vient d’ailleurs de remporter un Golden Globe pour sa formidable prestation) ; lui toujours impeccable et charismatique dans une interprétation de dragueur sûr de lui et infidèle, un peu emporté parfois, voire même violent, mais sensible et profondément amoureux. Bref, ils sont toujours aussi craquants malgré leurs tiraillements incessants, leurs déchirements répétés et leurs « petits » arrangements pleins de condescendance. N’oublions pas non plus les seconds rôles tous excellents, surtout Katy Bates qui joue ici une amie un peu trop pointilleuse et collet monté, très à cheval sur les principes et autres conventions !
Le réalisateur anglais Sam Mendès (American beauty, Les sentiers de la perdition, Jarhead), monsieur « Kate Winslet » à la ville, nous offre une adaptation fidèle du roman de Richard Yates, un drame passionnel puissant, émouvant et déchirant, aussi sentimental que social, sur fond d’histoire d’amour à la fois splendide et houleuse, pleine d’émotions à fleur de peau et de pleurs ravalés, doublé d’une impressionnante étude de mœurs comme d’une très belle peinture décapante et quelque peu incisive de la petite bourgeoisie blanche « WASP » américaine de banlieue dans le milieu du 20ème siècle, des bobos avant l’heure en quelque sorte. Autant la mise en scène est parfaite, méticuleuse et léchée, autant l’image est stylisée et la musique prenante (merci au compositeur Thomas Newman, déjà responsable entre autre des BO des 3 films de Sam Mendès !).

C.LB



 
 
 
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