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Cloverfield (sur Ciné + Frisson)

Sortie  le  12/09/2021  

De Matt Reeves avec Mike Vogel, Blake Lively, Michael Stahl-David,, Lizzy Caplan, Odette Yustman et T.J. Miller (sur Ciné + Frisson les 12, 22, 26, 27 et 28/09 + 01/10)


Alors que des jeunes New-yorkais organisent une soirée pour le départ de l’un de leurs amis, un grondement puis un étrange bruit se fait entendre. Les invités sortent sur le toit pour savoir de quoi il s’agit : une boule de feu tourne et menace Manhattan. Un monstre d’une force inconnue et de la taille d’un gratte-ciel attaque la ville.... Caméra au poing, 5 d’entre eux, témoins de l’effroyable évènement, décident de tout filmer au risque de leur vie, et nous livrent l’unique témoignage de la lutte sans merci qu’ils vont mener pour leur survie.

A premières vues, pas d’acteurs ni de réalisateur connus, un pitch catastrophe apparemment terrifiant, et surtout un grand secret tout autour du tournage de ce film le plus mystérieux qui soit, avec juste quelques secondes de bande-annonce à peine dévoilées et de rares éléments distillés avec parcimonie sur Internet ! De quoi susciter la curiosité et installer l’interrogation chez tout internaute passionné qui se respecte ! De plus, un titre qui change de nom en cours de route, passant de Monstrous et d’une suite de chiffres 01/18/06 (en réalité, sa date de sortie aux Etats-Unis) à ce « champ de trèfles » pour le moins énigmatique (et qui n’a aucun rapport avec ce qu’il y a sur l’écran) ! Bref, un « buzz » imparable et une démarche marketing implacable qui ont fonctionné à merveille et qui ont permis de faire monter la sauce progressivement mais sûrement, incitant tout fan de film de monstres de ce type à surfer allégrement sur le web pour en savoir plus !
Finalement, le résultat n’en est que plus mitigé et pas forcément à la hauteur, à voir ce soi-disant évènement cinématographique à grand spectacle qui fleure bon l’attrape-couillon à plein nez. Au final, y a-t-il eu tromperie sur la marchandise ? A-t-on voulu nous en mettre plein la vue avec un procédé dit putassier pour tenter de faire de ce film le nouveau phénomène du moment ? Allez savoir mais le fait est que ce film pose un certain nombre d’interrogations, aussi bien visuelles et techniques que narratives ! D’abord, il a été intégralement tourné avec plusieurs caméras DV à la main, en fait 4 handycam 16/9ème qui serviront de témoin à ce qui va se passer tout au long du périple de ces jeunes égarés, terrorisés et complètement affolés. A la vue de ses images pour la plupart saccadées ou brouillées, on ne peut qu’avoir le tournis, un mal au cœur évident et une migraine assurée. Le principe du Projet Blairwitch (cette fois urbain) n’est pas loin, sauf que l’originalité n’est plus de mise et encore moins l’effet de surprise.
On se doute bien que le budget pas très conséquent (à peine une petite trentaine de millions de dollars) pour cette production alléchante n’est pas passé dans sa réalisation, une sorte de pseudo reportage réalisé par un fêtard amateur, mais plutôt dans quelques-uns de ses effets spéciaux, certes spectaculaires pour certains mais trop sporadiques pour être franchement saisissants, le tout dans une ville à feu et à sang sous l’emprise d’un monstre destructeur. La phobie du 11 septembre est à nouveau ravivée et plane encore sur ce film, montrant des tours dévastées ou en grande partie détruites avec d’épais nuages de poussière comme si une nuée d’avions de ligne avait percuté successivement tout ce qui dépasse au-dessus d’une dizaine d’étages. De la vague soi-disant terroriste, on passe à un nouveau Godzilla pas très content, revu et corrigé pour l’occasion mais pas forcément de la meilleure manière qui soit : il est certes très laid, avec d’immenses pattes d’araignée et une tête de batracien qui gonfle parfois, mais pas épouvantable ni convaincant une seconde, spécialement minable dans sa conception anatomique et surtout « déjà-vu » au cinéma.
Entre La guerre des mondes en moins robotique et Alien en plus dévastateur, on frôle le remake du genre science-fiction avec l’impression d’avoir utilisé que 3 francs 6 sous. Et ce ne sont pas en plus les images de la tête de la statue de La Liberté décapitée dans les rues de New York (dans l’esprit de La planète des singes) ni celles du pont de Brooklyn qui s’effondre (dans celui de X-Men 3 ou de I am a legend), ni celles des mouvements de panique dans les rues avec l’armée qui débarque sur ses chars d’assaut (dans celui du Jour d’après ou d’Independance day), ni celles de cette horde de petites bêtes mordants la chair fraîche qui grouillent dans le métro (dans celui de 28 semaines plus tard ou de King Kong), et encore moins celles de bâtiments explosés, éventrés ou en flamme (dans celui de La tour infernale ou de Died hard 1) qui vont changer quoi que ce soit à l’affaire : l’intrigue ne dépasse pas ce qu’on connaît déjà de l’infernal et cauchemardesque apocalypse sur grand écran ! Bref, on essaye d’y croire sans y croire vraiment, se demandant bien ce qui a pu germer dans la tête de son producteur, le célèbre J.J. Abrams (celui qui a révolutionné le monde des séries avec Felicity, Alias et surtout Lost, et entre autre réalisateur du Mission impossible 3), comme de celles de son scénariste Drew Goddard (Lost) et de son jeune poulain, le metteur en scène Matt Reeves (Felicity), pour qu’ils nous servent ce documentaire fiction assez indigeste et secoué comme un prunier pendant 1h30 !
Pas de quoi casser la baraque ou plutôt mettre le feu aux blocks, franchement ! Le simple fait que ce film considéré comme effroyable mette un temps fou à démarrer (une soirée plus ou moins mondaine qui semble s’éterniser) et que tout soit filmé presque en temps réel, caméra constamment allumée et spot souvent éclairé, réduit considérablement son côté terreur, et enlève ainsi une bonne partie du réalisme ambiant ainsi que de la crédibilité du sujet qui est justement sensé nous faire peur. Quoi qu’il en soit, les moyens employés pour jouer la carte du long métrage culte pousseront sans aucun doute les cinéphiles avertis à se précipiter en salle pour admirer cette histoire qui n’en est pas moins qu’un avatar supplémentaire sur les possibles frayeurs que nous promettent bientôt les prochains scénarios catastrophes ! Mais compte tenu de l’attente créée ici, on reste tout de même néanmoins sur sa fin….

C.LB



 
 
 
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