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Sunshine (sur Ciné + Frisson)

Sortie  le  02/04/2021  

De Danny Boyle avec Cillian Murphy, Chris Evans, Michelle Yeoh, Rose Byrne, Cliff Curtis, Troy Garity, Hiroyuki Sanada, Mark Strong et Benedict Wong (sur Ciné + Frisson les 02, 05, 11, 12, 13, 17 et 22/04)


En cette année 2057, le soleil se meurt, entraînant dans son déclin l’extinction de l’espèce humaine. Le vaisseau spatial Icarus II, avec à son bord un équipage de 7 hommes et femmes dirigé par le capitaine Kaneda, est le dernier espoir de l’humanité. Leur mission : faire exploser un engin nucléaire à la surface du soleil pour relancer l’activité solaire. Mais à l’approche du soleil, privés de tout contact radio avec la Terre, les astronautes perçoivent un signal de détresse en provenance d’Icarus I, disparu 7 ans auparavant. Un terrible accident les contraint à modifier leur trajectoire. Ils doivent désormais lutter pour rester en vie, ne pas sombrer dans la folie, mais avant tout pour mener à bien leur mission essentielle pour l’avenir de l’humanité.

C’est exactement le genre de mission catastrophe qu’on aime voir en salles et que d’ailleurs on a l’habitude de nous servir depuis quelques décennies au cinéma. Et qu’importe si le pitch est souvent le même, les situations pratiquement identiques et les « disparitions » presque pareilles d’un film à l’autre ! C’est vrai qu’il semble bien difficile de raconter autre chose comme histoire à suspense dans l’Espace sinon ce type de récit : il est toujours question d’une navette perdue au fin fond de la galaxie, coupée du reste du monde (ou de ce qu’il en reste), d’occupants en proie à un ennemi retord et parfois invisible (que ce soit un humain, une bestiole ou une entité psychique), et de catastrophes en série qui viennent les décimer petit à petit avec minutie (en général, ceux qui périssent ont déjà la gueule de l’emploi).
Là-dessus, on a rien inventé de mieux que ce genre de scénario de science-fiction revu et corrigé pour épater la galerie et faire tressaillir le public, même trop souvent archi-rabattu à l’écran et cela depuis des lustres, au moins depuis 2001 l’odyssée de l’espace et surtout depuis la série Alien. Certes ici, les effets spéciaux sont bel et bien là, fort heureusement sinon ça sentirait le renfermé à la manière d’une série B façon Star Trek ; la tension monte crescendo au fur et à mesure qu’on s’approche de l’objectif à atteindre et donc du dénouement final ; et les victimes sont systématiquement décimés avec précision et horreur pour qu’il n’en reste (au moins) qu’un. Mais, question crédibilité, objectivité et raisonnements, le film se pose un peu là. Comment peut-on croire à ce synopsis qui parle de notre belle planète qui survit dans un froid sibérien dans une cinquantaine d’années alors que c’est le contraire qui se passe depuis quelques temps ? Le scénariste engagé devrait un peu réfléchir avant d’écrire n’importe quoi. Comment voulez-vous après cela qu’on puisse croire à cette aventure galactique, d’autant qu’on apprend très rapidement que cette mission de la plus haute importance est sans retour, envoyant quelques scientifiques au casse-pipe pour le salut des terriens ? Leur mission ne vous rappelle pas celle que Bruce Willis et ses acolytes entreprenaient dans Armaggedon ? Si, si ! Bref, c’est ce qu’on appelle le sens du devoir ou plutôt du sacrifice, poussé à l’extrême !
De plus, on voit les rares survivants s’amuser à passer d’un vaisseau à l’autre en sautant dans l’espace sans combinaison, histoire de corser l’affaire et de refroidir leurs élans, au moins pour l’un d’entre eux ! On aura tout vu lorsque vous vous rendrez compte que Sunshine est en grande partie copié, voire plagié odieusement, sur Alien : sans vous dévoiler l’identité de l’indésirable occupant, d’ailleurs complètement brouillé par une image voilée (il manque plus que le cache sur les yeux pour parfaire son total anonymat !), sachez seulement qu’il arrive à s’introduire dans un vaisseau sans qu’on s’en rende compte, comme çà, par enchantement. Ah, la magie du cinéma !
Et enfin, il est question de cas de conscience malmené, de santé mentale défectueuse, de subconscient torturé et de religion inopinée (alors Dieu, existe-t-il oui ou non ?), ce qui n’arrange rien à cette fiction hallucinogène et kamikaze. Dis donc, Danny, même si tu n’es pas l’auteur de cette épopée futuriste, arrête tout de même de fumer n’importe quoi, ça te monte à la tête, depuis Trainspotting (c’est évident !) mais surtout depuis La plage et le thriller post-apocalyptique (déjà un !) 28 jours plus tard, écrit par le même scénariste, Alex Garland, responsable aussi de ce 3ème scénario ! C’est sans doute pour cela que le film est quelque peu baba-cool, nonchalant, autant dans le look des astronautes (cheveux longs, tenue décontractée et questions existentielles) que dans la musique d’ambiance, hyper-spleen et planante à souhait (merci à John Murphy et Underworld !).
Côté casting, voir le beau visage d’ange de Cillian Murphy (La jeune fille à la perle, Retour à Cold Mountain, Red eye, Breakfast on Pluto, Le vent se lève), déjà présent dans 28 jours plus tard de Danny Boyle, joué un physicien émérite est peu convaincant, voire improbable, et enlève toute véracité au film. Quand aux autres, ils se frayent une place plus ou moins honorable, entre Hiroyuki Sanada (Ring, Le dernier samouraï, La légende des cavaliers du vent) en chef sacrifié, Chris Evans (Sex academy, Les 4 fantastiques) en second bagarreur, Cliff Curtis (La leçon de piano, Rapa Nui, Le maître du jeu, Un cri dans l’océan, Révélations) en amoureux du soleil jusqu’à se faire griller « à point », Troy Garity (Bandits, Coup d’éclat, Milwaukee Minnesota) en bras droit jaloux, Benedict Wong (Tournage dans un jardin anglais, Dirty pretty things, Kiss kiss bang bang) en navigateur gaffeur et par la force des choses suicidaire, Michelle Yeoh (Tigre et dragon, Demain ne meurt jamais, Mémoires d’une geisha) en écologiste à genoux devant une jeune pouce, et Rose Byrne (Star Wars épisode 2, Troie, Marie-Antoinette) en timide réservée. On devrait faire passer des tests d’aptitude beaucoup plus pointus et exigeants avant d’embaucher des gars et des filles pour sauver le monde !
Bref, on s’ennuie sec dans ce film pourtant fort ambitieux, à partir du moment où on connaît les aboutissants de cette intrigue fantastique, éventée dès les 5 premières minutes avec le message « d’adieu » de Cillian Murphy, et fort laborieuse pour simplement nous raconter la vision psychologique, religieuse et spirituelle, d’un équipage scientifique iconoclaste face au créateur de l’univers, Monsieur le Soleil. Au final, ce « rayon de soleil » ne vous dorera sûrement pas la pilule mais plutôt vous brûlera quelques neurones, vous obligeant à vous enduire d’huile solaire haute protection pour ne pas provoquer de coup de soleil chez vous, cher spectateur averti des conséquences d’une possible insolation, voire pire !

C.LB



 
 
 
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