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Les poupées russes (sur Ciné + Emotion)

Sortie  le  28/11/2021  

De Cédric Klapisch avec Romain Duris, Audrey Tautou, Cécile de France, Kelly Reilly, Kevin Bishop et Evguenya Obraztsova (sur Ciné + Emotion les 28/11, puis les 08, 09, 15, 20, 22 et 29/12)


Revoilà Xavier ! On le retrouve 5 ans après L’auberge espagnole, il a 30 ans. Il a réalisé son rêve d’enfance, il est devenu écrivain, mais il semble quand même un peu perdu. Gagner sa vie avec l’écriture n’est pas si simple. Il a quelques problèmes avec sa banquière. Il a aussi des réticences à se fixer avec une fille. Il enchaîne les aventures amoureuses avec inconséquence. Il enchaîne aussi de façon confuse et anarchique les petits boulots liés à l’écriture. Tantôt journaliste, nègre, écrivain pour historiettes amoureuses ou scénariste pour série télé de pacotille. Il fait comme il peut, c’est-à-dire qu’il est un peu en vrac…Partagé entre son ex, sa mère, ses aventures amoureuses passagères, sa pote homosexuelle, il a du mal à faire correctement son travail : concevoir et écrire une histoire d’amour simple et normale…Pour compliquer les choses, il doit faire aussi du baby-sitting pour son ex, du papy-sitting pour sa mère et la mondialisation le rattrape, son travail de scénariste est menacé de s’arrêter…Il est contraint de continuer son travail à Londres, puis à Saint-Pétersbourg. Ces nouveaux voyages lui permettront peut-être de réconcilier le travail, l’amour et l’écriture.

On se rend compte parfois que les suites de films ne sont pas à la hauteur de nos espérances, des redites souvent bâclées et bien en deçà du premier volet, comme si l’unique prétexte était de dire que puisque vous avez aimé le premier, il n’y a aucune raison pour ne pas aller voir le second qui sera forcément encore meilleur. Sauf que la plupart du temps, on est déçu du résultat et furieux de s’être laissé avoir par une campagne de marketing vantant des mérites qui généralement n’existent pas.
Mais cette fois, on peut vous le certifier, la suite de L’auberge espagnole, Les poupées russes, est vraiment superbe, voire même aussi bonne, si ce n’est encore plus forte que la précédente. Quand on tient une histoire pareille, aussi forte et passionnante que celle-ci, il est difficile de la lâcher en cours de route et en plein crescendo, surtout après que notre jeune héros post-adolescent ait décidé d’abandonner son poste tout frais moulu au ministère des finances pour voguer de ses propres ailes. Le voilà dorénavant plus adulte, responsable et indépendant, prêt à se battre comme il le peut pour tenter de subvenir à ses besoins, qu’ils soient professionnels ou sentimentales. Nous assistons à tous ses petits problèmes du quotidien, entre doutes et complications, notamment à ses nombreuses recherches de jobs et à ses démêlés avec ses employeurs qui tentent de le presser comme un citron ; à ses pérégrinations multiples et variées pour dégoter ou tout simplement garder un boulot (et une banque) ; à ses conquêtes passagères, qu’elle soient d’une nuit avant de partir le lendemain en claquant la porte ou qu’elles soient plus sincères mais délicates à gérer ; aux coups de fils inopinés de son ex en mal d’être une mère célibataire empêtrée dans sa vie ; à ses problèmes de famille entre une maman de nouveau amoureuse et un grand-père qui désire à tout prix rencontrer la « fiancée » de son petit fils. A chaque nouvelle rencontre ou nouvel affrontement, on a le droit à une séquence bien spéciale, plutôt gratinée et drôle, pleine de réalisme et de vérité, tellement réelle et concrète.
Qui n’a jamais été confronté au harcèlement moral de sa famille pour connaître enfin l’élu de votre cœur ; qui n’a jamais été obligé de mentir un peu à son employeur pour obtenir le nouveau travail qu’on vous propose ; qui n’a jamais été mis devant le fait accompli quand l’autre décide de stopper sur le champ toute relation amoureuse ; qui n’a jamais rendu service lorsque votre ex vous demande de l’aider dans des moments difficiles ? Tous ces petits aléas de l’existence se retrouvent ici compilés astucieusement et subtilement en 2h de temps et on peut vous assurer qu’on ne les voit pas passer ! On doit ce merveilleux challenge à plusieurs facteurs : une histoire extrêmement bien ficelée grâce à une mise en scène parfaitement maîtrisée, des acteurs complètement crédibles dans leurs personnages en pleine évolution, et des nouveaux paysages qui changent un peu de ceux déjà vus maintes fois au cinéma.
Le réalisateur Cédric Klapisch (Chacun cherche son chat, Un air de famille, Peut-être, L’auberge espagnole, Ni pour ni contre) a réussit le pari de nous offrir une jolie palette de saynètes aussi savoureuses que comiques, aussi extravagantes que véridiques, portées entre autre par d’excellents comédiens qui nous avaient déjà emballés auparavant dans la première partie. On retrouve bien évidement son acteur fétiche, le spontané Romain Duris (Le divorce, Exils, Arsène Lupin, De battre mon cœur s’est arrêté), qui reprend le flambeau du gentil et doux célibataire un peu rêveur et un peu brouillon, touchant dans sa maladresse et écartelé entre plusieurs options ; Audrey Tautou (A la folie pas du tout, Pas sur la bouche, Un long dimanche de fiançailles) en ex-petite amie tout aussi paumée que lui et toujours aussi grande gueule ; Cécile de France (Haute tension, La confiance règne, Le tour du monde en 80 jours) en lesbienne sans complexe sauf lorsqu’elle doit s’habiller en fille (une scène d’anthologie !) ; la sublime Kelly Reilly en copine anglaise aussi charmante que troublante ; Kevin Bishop (Food of love) en frère de cette dernière qui va convoler en noce avec une russe interprétée par le ravissante danseuse, Euguenya Obraztsova. Derrière ce parterre de rôles principaux, se cachent bien évidement quelques-uns de ceux qui vivaient le programme Erasmus à Barcelone dans le film L’auberge espagnole. Si on change de décors, passant à plusieurs reprises de Londres à Paris avant de finir à Moscou et Saint-Pétersbourg, c’est pour mieux vous montrer la facilité des rapports et la proximité avec les gens dans cette nouvelle Europe qui se créée et qui vous permettra sans doute de vivre le même genre d’expérience. Ne dit-on pas que les voyages forment la jeunesse !
En résumé, cette histoire a gagné en profondeur même si elle nous apparaît dans le désordre, sincère sans être caricatural, sophistiquée sans être empruntée ou pompeuse, juste sans être moralisatrice, fine sans être lourde ou complexe, fraîche sans être primesautière, légère sans être superficielle, drôle sans être grossière et allant à l’essentiel sans précipitation ! En quelques scènes suffisamment magiques, quelques phrases bien senties, quelques clins d’œil ou pieds de nez bien placés, et quelques allures ou attitudes de circonstance qui en dissent long sur cette génération de trentenaires déboussolés, Cédric Klapisch est arrivé à formuler des sentiments humains comme des émotions, des sensations et des pensées intimes, installant une ambiance ludique et nuancée d’un bout à l’autre de son scénario subtile qui fleure bon la qualité et le plaisir d’un film bien fait. C’est une chose tellement rare qu’il serait dommage de passer à côté. Raison de plus pour ne pas bouder votre plaisir en allant voir cette suite fort réussie, pleine de poésie et de fantaisie, qui mérite vraiment autant de succès que le précédent !

C.LB



 
 
 
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