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La jeune fille la perle (Cin + Emotion)

Sortie  le  13/12/2021  

De Peter Webber avec Colin Firth, Scarlett Johansson et Tom Wilkinson (sur Cin + Emotion les 13, 15, 16, 21 et 22/12)


La jeune et ravissante Griet est engage comme servante dans la maison du peintre Vermeer. Nous sommes Delft, au XVIIme sicle, lge dor de la peinture hollandaise. Griet soccupe du mnage et des 6 enfants de Vermeer en sefforant damadouer lpouse, la belle-mre et la gouvernante, chacune trs jalouse de ses prrogatives. Au fil du temps, la douceur, la sensibilit et le vivacit de la jeune fille meuvent le matre qui lintroduit dans son univers. A mesure que saffirme leur intimit, le scandale se propage dans la ville.

Il y avait longtemps quon ne nous avait pas propos une fresque cinmatographique aussi passionnante sur lun des grands peintres qui a rvolutionn lart de la peinture flamande. Depuis Van Gogh de Pialat et Picasso de James Ivory, on navait pas eu la chance de pouvoir admirer au cinma le travail et les uvres dun grand matre. On peut remercier le ralisateur Peter Webber, ancien tudiant en histoire de lart, davoir russi, pour son premier long mtrage, nous offrir une fort belle dmonstration de son savoir-faire, savoir un sens du cadrage, de limage et de la reconstitution qui restitue merveille ce que pouvait tre la vision, la lumire et la vie cette poque, tout en nous replongeant dans certains des tableaux de Vermeer qui exhalaient une srnit et un calme uniques, ainsi quune clatante beaut et une blouissante clart. On se croirait dailleurs un peu dans un film acadmique en costumes, du style Duel de Ridley Scott ou Barry Lindon de Stanley Kubrick, ce dernier ayant t ralis pour les intrieurs uniquement la seule lumire des bougies. Dailleurs, on a la mme impression en voyant ce film en retrouvant cette formidable prouesse technique qui consiste rendre, tout en nuance, en retenue et en simplicit, lambiance authentique qui pouvait rgner pendant cette priode propice lexpression crative. Tous les plans sont dune pure splendeur, lche lextrme, avec juste ce quil faut dvanescence et de lgret pour rendre cette histoire sur la vision et la peinture, les apparences et la ralit, aussi prenante quelle devait ltre dans le livre dont elle est adapte. Le destin de cette jeune fille, pourtant un pisode dans son existence, qui a sans doute inspir et influenc quelques tableaux Vermeer (comme celui tir de laffiche et du titre de ce film voir ci-dessus), est dautant plus incroyable quelle semble avoir compris lart de Vermeer, et mme particip la prparation des peintures, llaboration de la mise en place de certaines de ses crations. Anecdote ou pas, fiction ou ralit, l nest pas le problme puisquon ne connat mme pas lidentit du modle qui a pos pour ce clbre tableau ! Ce qui est passionnant ici, cest de voir les rapports et conflits entre leurs motions et leurs devoirs respectifs qui vont se tisser peu peu entre ses 2 personnes diamtralement diffrentes, dabord leur timidit, puis leur intimit et leur complicit dans le travail et le dsir de dcouvrir ou dapprendre tous les 2 quelque chose de lautre. Si Vermeer tait adule par un mcne qui lui commandait rgulirement des toiles, Griet ntait quune simple servante attentionne, dune grande sensibilit intrieure et dune calme assurance, mais dtermine suivre son instinct, celui de comprendre certaines nuances chez son employeur et de survivre malgr toute la pression et les contraintes quelle devait subire quotidiennement au sein de cette grande maison. Pour interprter ses 2 protagonistes quelque peu aux antipodes, quel meilleur choix que celui mieux du tnbreux Colin Firth (Le patient anglais, Shakespeare in love, Le journal de Bridget Jones, Love actually) pour jouer ce peintre harcel et tortur entre ses obligations professionnelles et cratives, et sa famille acaritre et mchante, omniprsente dans presque toutes ses dcisions ! Pour le rle de la jeune Griet, la dlicatesse et la puret de Scarlett Johansson (Lhomme qui murmurait loreille des chevaux, The barber, Lost in translation) taient parfaites pour exprimer dune part une relle ressemblance avec le modle du tableau (mme regard et mme visage) et dautre part, tous les non-dits, toutes les motions caches et rprimes, ainsi que toutes les facettes de son mancipation et de sa passion avec le matre au fur et mesure de son apprentissage avec lui. A travers les sicles, cette uvre de Vermeer est toujours l pour nous parler du don du modle envers son crateur. Nous sommes bien loin du mlodrame faon Hollywood avec des scnes torrides entre eux 2 : seule la force rotique de lhistoire tient justement au fait que leur passion ne se consume pas. Ce drame relativement noir, qui inclut tous les ingrdients du genre (argent, sexe, amour, pouvoir, art et beaut), est davantage une exploration des sentiments entre un artiste et son modle, le tout sur fond dune probable vrit, imagine par quelques faits historiques (la chaise effectivement disparue du tableau La femme la cruche deau), et surtout de la minutieuse description dune priode qui pourrait correspondre ce que nous savons aujourdhui du peintre, de sa maison, de sa famille, de ses soucis dargent, de sa dpendance vis--vis de son mcne et employeur, et enfin de sa fascination pour la chambre obscure, la fameuse camera obscura. Les intrieurs de cette poque et spcialement latelier de Vermeer ont t raliss en recherchant la plus grande fidlit la ralit. Quoi quil en soit, ce trs beau film, qui retient lessentiel de lmotion sans tre creux un seul moment, sonne vrai dun bout lautre comme si tout ce qui tait racont dans ce film ntait nullement le fruit dune quelconque imagination dbordante, venant soit dune romancire, soit dune scnariste !



 
 
 
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