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Caravage

Sortie  le  28/12/2022  

De Michele Placido avec Riccardo Scamarcio, Lolita Chammah, Michele Placido, Louis Garrel, Isabelle Huppert, Micaela Ramazzotti et Tedua


Italie 1609. Accusé de meurtre, Le Caravage a fui Rome et s’est réfugié à Naples. Soutenu par la puissante famille Colonna, Le Caravage tente d’obtenir la grâce de l’Église pour revenir à Rome. Le Pape décide alors de faire mener par un inquisiteur, l’Ombre, une enquête sur le peintre dont l’art est jugé subversif et contraire à la morale de l’Église.

Les grands artistes italiens sont à la fête cinématographique ces temps-ci : en effet, après le documentaire sur Raphaël sorti en 2017 et le film Michel-Ange en 2020, c’est au tour du célèbre peintre Michelangelo Merisi, alias Le Caravage, d’être immortalisé sur pellicule (après les productions, d’abord britannique, Caravaggio en 1986, puis américaine, I.M. Caravaggio en 2011). Et c’est sous les traits de l’excellent Riccardo Scamarcio (Dalida ; John Wick 2 ; Le témoin invisible ; L’homme sans pitié ; Les traducteurs) qu’apparaît le destin plutôt mouvementé de cet illustre maître du clair-obscur en pleine période de la Renaissance italienne, pourtant jugé blasphématoire de par sa réputation aussi sulfureuse que violente, son péché d’orgueil et, surtout, de par sa condamnation à mort par décapitation pour meurtre. Pour endosser ce rôle ô combien prenant voire impressionnant, Riccardo Scamarcio s’est presque « métamorphosé », se faisant la tête de l’emploi entre vision et possession.
L’histoire de ce portraitiste hors-pair et coloriste de renom, qui peignait ce qu’il voyait, c’est-à-dire le réel, la vérité afin de « rapprocher l’homme de Dieu » (au travers des douleurs du monde et des misérables, empruntant le visage de gueux pour représenter des modèles de saints et celui de prostituées, pour des icônes de madones), est ici et là quelque peu romancée à travers une mise en scène assez classique, à la fois féroce et sensuelle, faite de flash-back et de tableaux vivants. Néanmoins, le réalisateur, acteur et scénariste Michele Placido (on lui doit notamment Un héros ordinaire, Romanzo criminale, L’ange du mal, et 7 minuti) a réussi ce tour de force de nous faire graver ses images dans notre esprit avec un esthétisme et une force de conviction sans pareil.
Que ce soit à Rome, Naples ou Malte, on voyage dans cette période historique sale, noire, brut de forme, sans concession ni véritable glamour, à part certains décors de villas et autres monuments encore en place aujourd’hui. Seuls les tableaux représentés sont d’une pureté et d’une beauté qui transcendent l’époque visitée où se côtoyaient papauté, noblesse et misérables. On suit le parcours – sans doute authentique à bien des égards – de ce génie d’une humanité profonde voire viscérale mais en conflit avec lui-même, plein de vices et de vertus, qui essayait de trouver sa voie dans ce marasme ambiant. La présence d’Isabelle Huppert et surtout de Louis Garrel (déjà présents tous les deux dans le film Ma mère du même réalisateur en 2004) - ce dernier déguisé en « excellence » inquisiteur à la solde de l’église -, accentue le côté trouble qui régnait fin du XVIème début du XVIIème siècle en Italie comme ailleurs sûrement. La reconstitution aussi fascinante que minutieuse, quasi sensorielle, y est pour beaucoup et nous offre une dimension immersive rarement égalée au cinéma. Bref, à voir absolument !

C.LB



 
 
 
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