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La maison

Sortie  le  16/11/2022  

De Anissa Bonnefont avec Ana Girardot, Aure Atika, Rossy de Palma, Yannick Renier, Lucas Englander et Philippe Rebbot


Pour écrire son nouveau livre, Emma décide de se faire engager comme prostituée dans une maison close à Berlin.

Le cinéma français ose afficher un long métrage à fort potentiel intime, dit sexuel pour ne pas dire érotique et c’est tant mieux pour lui : ça le sort un peu d’une certaine léthargie ambiante, de carcans « imposés » plus ou moins formatés. A savoir maintenant si cela va lui réussir, c’est une autre affaire. On dit habituellement que la chair est souvent triste à l’écran, mais celle affirmée d’Ana Girardot est plutôt séduisante voire attrayante à regarder. N’empêche que c’est un rôle sacrément « casse-gueule » pour une jeune actrice qui, excepté ces prestations dans Cloclo, Radiostars, Un homme idéal, Saint Amour et Deux moi, n’a pas spécialement brillé ailleurs. « L’envie de le faire », de s’attaquer à ce genre de production peut soit la propulser vers une reconnaissance « assumée », soit la griller à tout jamais.
C’est là tout le paradoxe « bien pensant » de ce style de scénario qui, sous le couvert hypocrite d’une histoire vraie – celle d’une auteure qui, en mal d’inspiration, est allé tâter de très près, en immersion, au métier de péripatéticienne (donc, expérience en intérieure) avec un petit clin d’œil à « Cabaret » qui se déroulait justement à Berlin -, va s’en servir pour montrer beaucoup plus de choses, du moins sans être crue, assez d’ébats sensuels et autres « échanges » explicites pour que, outre les préliminaires de rigueur, le spectateur se rince l’œil. Rien n’est vraiment caché ici, ni ces filles entièrement nues, ni leurs clients dans le plus simple appareil, et encore moins les rencontres parfois violentes limite dangereuses (entre les drogués, les obsédés, les détraqués et les psychopathes, des violents qui aiment frapper et abuser).
Que notre héroïne ait cette envie presque viscérale de changer d’air – elle qui, n’ayant « pas le même rapport au cul » que sa sœur, a « besoin d’espace » (dans une « maison » close, eh, pardi !) – peut éventuellement se comprendre, mais qu’elle nous dise que ça peut faire « un bon sujet de livre » - un récit sur les témoignages entre les désirs, les joies et les frustrations rencontrés, autant féminines que masculines d’ailleurs (séquence assez drôle avec le timide pataud joué par le parfait Philippe Rebbot) ! -, à la rigueur sur papier peut-être, plus difficilement à l’écran sans (aucun) doute.
Nous sommes dans une sorte de huis clos pendant 1h30 où elle s’attache à ces femmes qui y travaillent (excellentes Rosy de Palma en « vieille pute » bientôt à la retraite, et Aure Atika en dominatrice SM née !), De là à mener son enquête à la barbe de tout ce « beau monde » en posant plein de questions sans (trop) éveiller les soupçons d’une possible imposture, il n’y a qu’un pas vite franchi vers, d’un côté, l’amour de la besogne bien faite (elle y met de la bonne volonté) et, de l’autre, le besoin de plaire réellement (autour d’ une jolie rencontre sentimentale, bien sûr !), le tout sur fond d’honnêteté (elle se vante un peu beaucoup à qui veut bien l’entendre…et la croire !). Bref, montrer du sulfureux à l’image passe encore, mais l’évoquer en décriant des sensations et en justifiant une certaine morale à l’ensemble, c’est moins sûr, moins troublant, pardon, moins probant.

C.LB



 
 
 
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