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Couleurs de l’incendie

Sortie  le  09/11/2022  

De Clovis Cornillac avec Léa Drucker, Benoît Poelvoorde, Alice Isaaz, Clovis Cornillac, Olivier Gourmet, Jérémy Lopez de la Comédie-Française, Alban Lenoir, Johan Heldenbergh et Fanny Ardant


Février 1927. Après le décès de Marcel Péricourt, sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l'empire financier dont elle est l'héritière. Mais elle a un fils, Paul, qui d'un geste inattendu et tragique va la placer sur le chemin de la ruine et du déclassement. Face à l'adversité des hommes, à la corruption de son milieu et à l'ambition de son entourage, Madeleine devra mettre tout en oeuvre pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d'autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l'incendie qui va ravager l'Europe.

C’était un pari audacieux voire risqué que de vouloir adapter au cinéma le livre éponyme de Pierre Lemaître, juste après le traitement qu’avait fait Albert Dupontel du roman Au revoir là-haut du même auteur et récompensé par quelques Césars bien mérités. L’acteur – et également réalisateur (Belle et Sébastien 3 – le dernier chapitre ; C’est magnifique !) - Clovis Cornillac semble ne pas avoir été (trop) effrayé par la tâche qui lui incombait de se lancer lui aussi dans cette suite initiée par l’écrivain Pierre Lemaître - qui fait d’ailleurs ici office de scénariste, adaptateur et dialoguiste -, et de la rendre aussi convaincante que passionnante cette histoire de malversation, de complot, de manipulation, de sabotage, de trahison, de conspiration et enfin de vengeance dans les années de l’entre 2 guerres.
Pour se faire, il n’a pas lésiné sur les gros moyens, ni sur une reconstitution minutieuse, ni sur une photo impeccable qui vire souvent au sublime, et, encore moins, sur un casting 5 étoiles. Quelle sacrée palette d’acteurs et d’actrices, tou.te.s réunis et investis dans cette fresque « presque » historique, dans une France qui observe impuissante la montée du nazisme ! Que ce soit Léa Drucker (qui gagne enfin ses galons de grande interprète), Benoît Poelvoorde (génial en banquier sans cœur et diaboliquement fourbe), Alice Isaaz (parfaite en femme fatale minaudant à merveille), Clovis Cornillac (qui pour l’occasion s’est taillé le « bon rôle » et une barbe à la Lénine par-dessus le marché), Olivier Gourmet (excellent en oncle peu scrupuleux et envieux comme ce n’est pas permis), sans oublier Jérémy Lopez (vu notamment dans Les Tuche 4, Eiffel, Menteur et, dernièrement, dans Novembre) et Fanny Ardant (en chanteuse lyrique « presque » réaliste), c’est un beau florilège de talents, à celle et à celui qui donnera le plus de puissance et de profondeur à son jeu.
Une telle production dite chorale, de cette qualité et de cette ampleur, n’évite pas toujours les petits écueils, les légers détails qui montrent que tout n’a pas été totalement maîtrisé, pour ne pas dire, à la perfection (la résurrection « miracle » de l’enfant handicapé grâce à la musique ; l’histoire sentimentale qui se noue entre l’ex-« riche » bourgeoise - notre héroïne - et son ancien chauffeur ; le reflet d’une caméra dans la gente d’une voiture de l’époque ; quelques scènes lentes ou redondantes). Mais la tâche était ardue et la réussite de cette entreprise intense de 2h15 mérite tout de même les ovations, tant par la dimension de sa trame dramatique à la fois vibrante et prenante qui joue parfaitement entre traitrise et honneur, adversité et courage, cupidité et dignité, que par la portée de cette histoire intrigante pleine de gloire, de chute puis de reprise en main autour d’une femme qui, à cette période, n’avait pas encore beaucoup de droit ni de pouvoir face aux hommes. Une belle manufacture bien orchestrée et captivante qui devrait plaire à un public avide de tension et de suspense bien dosés.

C.LB



 
 
 
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