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Gangs of New York (sur Cin + Premier)

Sortie  le  17/09/2021  

De Martin Scorsese avec Leonardo Di Caprio, Daniel Day-Lewis, Cameron Diaz, Liam Neeson, Jim Broadbent, Brendan Gleeson, John C.Reilly et Henri Thomas (sur Cin + Premier les 17, 18, 20 et 24/09)


Au dbut des annes 1860, les Etats-Unis sont au bord de la guerre de Scession. A New York, la corruption a peu peu gagn tous les dirigeants politiques. Five Points, lun des quartiers les plus pauvres de la ville, est la proie de la guerre des gangs. Coinc entre le port, les rues prospres de Wall Street et Broadway, cet endroit de misre attire tous les criminels, toutes les activits illicites. Cest en ces temps de chaos quAmsterdam Vallon, un jeune immigrant irlando-amricain, revient Five Points aprs avoir purg une peine de 15 ans de prison. Il na quun seul but : se venger de William Cutting, alias Bill le Boucher, le puissant chef de gang qui soppose farouchement aux immigrants et a tu son pre. Pour accomplir sa vengeance, Amsterdam doit dabord infiltrer le cercle des proches de Bill. Mais sa rencontre avec Jenny Everdeane, une nigmatique pickpocket dont lindpendance et la beaut le fascinent, va tout compliquer. La qute dAmsterdam volue en un combat sans merci, pour survivre et conqurir une place pour les siens, alors quclatent les meutes sanglantes de 1863.

Un titre pareil sonne un peu comme celui du film Le parrain, une fresque exceptionnelle sur des vnements incroyables mais cette fois-ci autour dmigrants irlandais, venus aux Etats-Unis peupler entre autre la ville de New York vers 1860. Dailleurs, l'histoire de Gangs of New York ressemble de beaucoup celle de ces italiens qui ont faits le mme voyage et qui ont installs notamment la mafia en Amrique au dbut du Xxme sicle, cette fameuse Cosa Nostra si chre leur pays et si bien dcrite dans les 3 volets de la saga du Parrain.
Alors quon tait en droit dattendre de ce Gangs of New York le mme cheminement narratif, la mme intensit dramatique et le mme style dintrigue, on na qu'une suite de situations prvisibles davance : en ouverture, une gigantesque bagarre, un combat primitif, cruel et sans piti, pour prciser qui est qui entre les gentils et les mchants, tous arms trangement comme au moyen ge ; au milieu, un grand creux tour tour romantique et dramatique qui dure tout de mme 2h, une histoire individuelle tournant autour du thme classique de la vengeance et un sujet classique de jalousie entre 2 hommes vis vis dune femme ; et enfin, un dbut de bataille finale quon attendait depuis le dbut et qui est stoppe net dans son lan par les violentes et raciales meutes qui clturent le film. Quoi quil en soit, on attend quune chose dAmsterdam pendant presque 2h50 (dure totale du film), cest quil trucide une bonne fois pour toute celui qui a tu son pre et quon passe autre chose !
Voil peu prs rsum lensemble de cette chronique, il faut bien le dire, dune lenteur, d'une longueur et dun ennui certains, le tout enrob dans une reconstitution minutieuse et impressionnante de New York lpoque. Le ralisateur Martin Scorsese, qui pourtant est un grand habitu des films violents et sanguinaires, notamment sur la ville de New York et ses occupants, surtout les gangsters italo-amricains modernes dans Mean streets, Taxi driver, New York, Les affranchis, et dernirement Casino, ne semble pas avoir t trs inspir par cette histoire la fois de dsespoir, de peur et de vengeance sur fond de gangs new-yorkais. Lui, qui na pas arrt de raconter en long et en large la vie de ces immigrants italiens qui essayaient de se faire une petite place au soleil, sest d'une certaine manire plant dans cette reprsentation de gangsters du XIXme sicle qui passent leur temps se regarder de travers et sentretuer, dfaut dautre chose. Et pourtant, il avait les moyens financiers et les vedettes adquates pour reprsenter cette priode haute en couleurs et en pripties multiples et varies, et pour rendre palpitante et crdible cette partie de l'histoire des Etats-Unis. Pourquoi est-il all copier quelques scnes de combats tires du film Braveheart de Mel Gibson pour les mettre en scne dans ceux des rues de New York o les protagonistes sont arms et peinturlurs de la mme manire que ces diables dcossais contre les anglais ?
En fin de compte, on a tout de mme la satisfaction dapprendre et de dcouvrir quelque chose sur cette priode de lhistoire de New York (que la plupart des gens ignorent srement), tout comme le plaisir de retrouver Daniel Day-Lewis quon avait pas revu depuis La chasse aux sorcires en 1996 et The boxer en 1997 (pour des raisons de sant, sans doute !), ainsi que Cameron Diaz, aussi sensuelle et provocante que garce et manipulatrice, qui sert ici un peu de rpit au pauvre Amsterdam, alias Leonardo Di Caprio, qui nen a pas beaucoup dailleurs dans lenvironnement dans lequel il se trouve. En fin de compte, ce qui est drle, c'est que Leonardo Di Caprio, qui doit porter pratiquement tout le film sur ses frles paules et son regard perant, se retrouve encore une fois dans un rle dimmigrant irlandais, exactement comme dans Titanic. Dautre part, la relation ambigu quil a avec Daniel Day-Lewis, son ennemi jur dans le film, est comparable celle dun pre et dun fils, alors que ce dernier a assassin son pre sous ses yeux lorsquil tait tout jeune. Cette rencontre particulire, source de bouleversement et de dsarroi chez Amsterdam, aurait pu tre beaucoup plus forte et plus complexe que leur simple relation fonde sur une sorte de loyaut et de respect mutuel, dautant plus que celle-ci est assombrie par la nature mme de leur pass.
Aprs maintes rflexions, on comprend mieux pourquoi aucune major na achete le film et pourquoi il sort en mme temps aux Etats-Unis et en Europe. Mme si Scorsese a t fascin par ce moment critique de lhistoire amricaine, une poque cruciale durant laquelle les principes de la dmocratie amricaine furent mis lpreuve, on aurait prfr un peu plus de puissance dramatique et de scnes daction qui auraient ponctues intelligemment les moments plus calmes et les parties plus dialogues, ainsi quun montage plus serr, plus cut, qui nous aurait permit de rester plus concentr sur la narration et les faits au lieu de passer notre temps regarder notre montre. Et mme si les bas-fonds dun New York authentique mais rvolu, avec ses lgendes et ses coutumes, sont dpeints avec autant de brio que de frocit grce des images plus vraies que nature, on nen est pas moins dsol par tant de valeurs thiques et de phrases clichs autour du sens et du code de lhonneur, mis en exergue au moins toutes les 5 minutes.
Enfin, mme sil dresse le portrait sauvage dun pays qui dcouvrait, pour la premire fois, le pouvoir de ceux de la rue, on est surpris par tant de pellicules gches avec cette nouvelle manie quon les ralisateurs amricains de faire des films de plus en plus longs (voire Harry Potter, Star Wars, etc) comme sils voulaient rentrer dans le Guiness des records. Bref, un bel exercice de style, techniquement et magistralement flamboyant, mais peu enclin esprer recevoir un quelconque Oscar en dbut danne 2003, sauf peut-tre pour les remarquables dcors et effets spciaux qui recrent lambiance et restituent latmosphre de lpoque avec prcision et posie !

C.LB



 
 
 
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