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Les nuits de Mashhad

Sortie  le  13/07/2022  

De Ali Abbasi avec Zar Amir Ebrahimi, Mehdi Bajestani, Arash Ashtiani, Nima Akbarpour, Sara Fazilat et Alice Rahimi


Iran 2001, une journaliste de Téhéran plonge dans les faubourgs les plus mal famés de la ville sainte de Mashhad pour enquêter sur une série de féminicides. Elle va s’apercevoir rapidement que les autorités locales ne sont pas pressées de voir l’affaire résolue. Ces crimes seraient l’œuvre d’un seul homme, qui prétend purifier la ville de ses péchés, en s’attaquant la nuit aux prostituées.

Ce n’est pas tous les jours que l’on a la possibilité – et la chance - de voir un bon film iranien, du moins, de cette trempe, un drame policier palpitant doublé d’un thriller implacable, inspiré de faits réels, d’une remarquable maîtrise narrative et d’une tension vraiment palpable. Cette histoire de meurtres crapuleux ont été commis par un vétéran de guerre et honorable père de famille qui, sous le couvert de « que la volonté de Dieu soit faite », voulait « nettoyer » sa ville, Mashhad (2ème ville la plus peuplée d’Iran et la 2ème ville sainte la plus importante au monde, abritant un centre religieux ultraconservateur), des femmes corrompues et toxicos, pour ne pas dire des trainées camées.
Pour interpréter ce tueur fondamentaliste et frustré qui fait le djihad contre le vice, le scénariste et réalisateur Ali Abbasi (à qui l’on doit déjà Shelley et l’excellent Border) a choisi Mehdi Bajestani, un acteur charismatique au possible qui dégage une certaine empathie « héroïque » de par sa mission divine et de par l’environnement, entre autres familial, dans lequel il gravite et cela malgré ses sautes d’humeur et autres accès de violence passagères. Mais il n’est pas le seul à accaparer tous les regards : l’actrice Zar Amir Ebrahimi (Shirin ; Téhéran tabou ; Damien veut changer le monde) joue aussi dans un rôle celui-là fictif mais poignant et plein d’humanité, celui d’une journaliste d’investigation est qui, tiraillée entre ses obligations et ses convictions, essaye de bien faire son travail dans une culture misogynes, jusqu’à même servir d’appât afin d’arrêter ce tueur en série déterminé : elle est d’une justesse et d’une puissance hors pair. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si elle a remporté le Prix d’interprétation féminine au dernier festival de Cannes.
Sous le couvert d’un pamphlet politique contre le régime en place ainsi que les institutions et les lois islamistes qu’il instaure et met en vigueur souvent à travers des fatwas - consultations juridiques sur un point de religion (donnant parfois lieu à des condamnations) -, ce film noir est magistral, autant dans sa mise en scène qui suit pas à pas la progression des 2 protagonistes principaux dans leurs « démarches » respectives, que dans le choix du casting formidable en tout point, véritable révélation pour nous occidentaux. Tournée à Amman en Jordanie et portée par une BO angoissante à souhait, cette production aussi tragique que bouleversante, qui questionne la société iranienne rigide dans toute sa complexité et notamment sur son rapport vis-à-vis des femmes, mérite sincèrement son lot d’éloges devant tant de prouesses déployées.

C.LB



 
 
 
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