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Stillwater

Sortie  le  22/09/2021  

De Tom McCarthy avec Matt Damon, Abigail Breslin, Camille Cottin, Lilou Siauvaud, Deanna Dunagan, Idir Azougli, Moussa Maaskri et Anne Le Ny


Un foreur de pétrole débarque à Marseille du fin fond de l’Oklahoma, pour soutenir sa fille qu’il connait à peine mais qui purge une peine de prison, accusée d’un crime qu’elle nie avoir commis. Confronté au barrage de la langue, aux différences culturelles et à un système juridique complexe, Bill met un point d’honneur à innocenter sa fille. Au cours de ce cheminement intime, il va se lier d’amitié avec une jeune femme du coin et sa petite fille, tout en développant une conscience élargie de son appartenance au monde.

C’est autour d’un casting aussi inattendu qu’improbable, où l’on découvre entre autres les barrages, les freins comme les compétences, notamment linguistiques de chacun.e, que s’articule cette histoire de failles, de confrontations, de motivations, d’obligations, de valeurs, de décisions et de reconstructions morales, mais également d’explorations, de répercussions, d’émancipations, de confusions, de mutations et de rapports humains, le tout sur fond de parcours initiatique et de rédemption se déroulant en majeur partie à Marseille. Si les acteurs Camille Cottin, Idir Azougli, Moussa Maaskri, Anne Le Ny et même la jeune Lilou Siauvaud s’en sortent plutôt très bien côté français sachant parler anglais, c’est un peu moins le cas avec Matt Damon (sauf pour sa partenaire Abigail Breslin qui joue ici sa fille bilingue sans accent…ou presque) qui, en bon américain qui se respecte, ne doit pas (trop) « apprendre » une autre langue que la sienne. Ce « point d’honneur » étant établi, cela ne dessert fort heureusement pas son jeu toujours brillant, même s’il est censé vivre plusieurs mois en quasi vase clos dans cette grande ville méditerranéenne très à la mode ces temps-ci au cinéma – personnage à part entière et aux multiples facettes dans le film -, totalement inconnue pour lui, l’étranger perdu, quelque peu largué, désabusé et désemparé.
Il est d’ailleurs très crédible, tout en sobriété, juste, nature dans ses fai(blesse)ts et gestes, et même assez (stéréo)typé sur les bords – déguisé en parfait cow-boy pur jus, avec la chemise à gros carreaux, la casquette visée sur la tête (qu’il garde même à table pour manger), bouffeur de burgers et fervent croyant -, un peu méfiant, rustre voire bourru, brut de décoffrage si vous préférez, pas causant (il répète régulièrement les mêmes phrases : « ma fille est innocente » ; « oui, madame »), rapidement excédé et sans aucune patience (on sent qu’il se retient), à la limite de devenir violent. Bref, de quoi rencontrer quelques déboires et autres problèmes d’échanges, d’écoutes comme de confiance lors de son séjour « forcé » dans notre belle cité phocéenne, là où il a décidé de mener son enquête à sa manière, aussi longue, difficile et incertaine soit-elle.
Même si cela ressemble à chercher une aiguille dans une meule de foin, ça n’empêche pas cette mise en scène de nous captiver et de nous tenir en haleine pendant 2 bonnes heures, espérant que le personnage principal puisse autant progresser dans sa quête désespérée de vérité que se réconcilier avec sa fille, emprisonnée aux Baumettes. Et puis, un peu de sensibilité et de réconfort auprès d’une mère célibataire (interprétée par la touchante – non, plus la « connasse » ! - Camille Cottin qui est en train de faire son « trou » de l’autre côté de l’Atlantique) et sa fille, quelle aubaine et quel meilleur moyen pour prouver que l’on peut, même en étant rustre, avoir du cœur !
Non, franchement, une production indépendante réalisée par Tom McCarthy (The station agent ; l’oscarisé Spotlight), plutôt honnête, correcte, réfléchie, sincère, prenante, pleine d’humanité et de réalisme, dite aussi du réel, pas loin du thriller social mâtiné en polar sans vraie tension ni scènes d’action fortes (juste une furtive : on n’est pas dans Le transporteur ici !), avec à la clé plusieurs différentes trajectoires prises au final, certes un peu lente au départ mais plus rythmée par la suite, parfaitement montée, découpée et rythmée, avec en prime une BO enveloppante qui vous trotte dans la tête pendant longtemps….

C.LB



 
 
 
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