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Tout s’est bien passé

Sortie  le  22/09/2021  

De François Ozon avec Sophie Marceau, André Dussollier, Géraldine Pailhas, Charlotte Rampling, Eric Caravaca, Hanna Schygulla et Grégory Gadebois


Emmanuèle, romancière épanouie dans sa vie privée et professionnelle, se précipite à l’hôpital, son père André vient de faire un AVC.
Fantasque, aimant passionnément la vie mais diminué, il demande à sa fille de l’aider à en finir.
Avec l’aide de sa sœur Pascale, elle va devoir choisir : accepter la volonté de son père ou le convaincre de changer d’avis.


Sujet ô combien délicat et polémique abordé ici, celui de l’euthanasie ou, si vous préférez, du droit de mourir dans la dignité ! Il y a un certain nombre de règles à suivre et à ne surtout pas dépasser, afin de garder le plus de sérieux, de sincérité et de véracité possible dans l’histoire racontée, d’autant plus si celle-ci est inspirée de faits réels, racontés par la regrettée écrivain Emmanuèle Bernheim dans son livre publié en 2013. Encore fallait-il ne pas louper le coche au passage ! Malheureusement, le réalisateur François Ozon s’est fourvoyé dans un scénario tragicomique (plutôt comique que tragique d’ailleurs) où il est plus question de joie de (sur)vivre que de déclin allant crescendo jusqu’à l’ultime décision. Si le « cas » en question est plutôt moribond au début, sérieusement diminué après un AVC (suivi d’une embolie pulmonaire), s’étranglant, bavant et recrachant à tout va, ce mourant ressuscité petit à petit sous nos yeux pour devenir extrêmement joyeux, blagueur, caustique, cassant même et surtout bel et bien vivant.
De ce postulat de base, pourquoi donc vouloir à tout prix en finir avec l’existence ? On se le demande bien en voyant la mine « goguenarde », certes un peu de traviole due à une paralysie faciale, et l’œil tombant ou fermé (c’est selon), de l’excellent André Dussollier qui, égocentrique et capricieux à souhait, n’en manque pas une pour nous faire sourire voire éclater de rires dans une prestation très déterminée, passant de l’état ravagé – Charlotte Rampling n’a pas été oublié non plus, dépressive et maladie de Parkinson par-dessus le marché ! - à celui de truculent trublion tout en perversité (ses 2 « pauvres » filles en voient de toutes les couleurs, surtout celle surjouée par Sophie Marceau, toujours aussi radieuse même à 55 ans), qui n’en loupe pas une occasion pour nous faire dédramatiser l’idée de passer de vie à trépas en douceur via notre propre volonté. Il n’y avait pas d’autre moyen employé pour décristaliser cette situation dite tragique que de rendre ce père vivace, espiègle et grotesque - « à mourir de rire » - (« il est solide, il s’est toujours remis de tout » et c’est bel et bien le cas ici). De ce côté-là, c’est réussi !
Mais alors, que d’erreurs de législations, de fautes de jugements et de situations invraisemblables dépeintes en retour ! Il faut l’avoir vécu pour comprendre que, sur ce sujet là, la mise en scène classique et poussive singe à l’à-peu-près et la justesse des différents paliers rencontrés, que ce soit à l’hôpital pour ne pas dire les différents centres de neurologie et EPHAD, dans la chambre et avec les médecins, ou bien à l’extérieur, avec les ambulanciers, les notaires et la police. A croire que l’on peut faire presque tout au nez et à la barbe des modes d’emploi et des bonnes marches à suivre, ainsi que des obstacles à surmonter autour des restrictions en vigueur ! N’empêche qu’aider quelqu’un à en finir est interdit chez nous mais pas forcément ailleurs (« nous l’assistons dans son suicide mais ce n’est pas nous qui le tuons, n’est-ce pas ? ») !
En résumé, le film qui s’égare, allant à l’encontre de ce qu’il devait véhiculer, nous (re)donnant le morale, le sourire, le côté farceur et même la pêche plutôt que la mélancolie, les émotions, les tourments, la douleur et les larmes : drôle de drame, sans pathos, pas ténébreux ni morbide pour 2 sous, et drôle d’hommage rendu à titre posthume à son auteure qui doit sans aucun doute se retourner dans sa tombe…

C.LB



 
 
 
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