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La troisième guerre

Sortie  le  22/09/2021  

De Giovanni Aloi avec Anthony Bajon, Karim Leklou, Leïla Bekhti, Arthur Verret, Jonas Dinal, Raphaël Quenard et Esdras Registe


Léo vient juste de terminer ses classes et pour sa première affectation, il écope d’une mission Sentinelle. Le voilà arpentant les rues de la capitale, sans rien à faire sinon rester à l’affût d’une éventuelle menace…

Serait-ce un remake version masculine de Sentinelle, film de Julien Leclercq avec Olga Kurylenko dans le rôle principal, sorti directement sur Netflix il y a quelques mois ? Si les personnages évoluent dans le même milieu « militaire » - celui de soldats français au sein d’une mission de surveillance du plan Vigipirate, du type Opération Sentinelle -, celui-là se la joue beaucoup moins film d’action à l’américaine que le précédent, où il était question de vengeance, de scènes de poursuites et de combat plutôt musclées. Ici, c’est le portrait psychologique et social d’un jeune engagé qui veut « être utile » lors de sa première mission, déterminé, plein de rage enfouie (il est en quête de sens), sur la défensive (il est en permanence sur le qui-vive) et assez intransigeant avec lui-même comme avec les autres d’ailleurs (il a besoin d’ordre).
Interprété par Anthony Bajon (Les ogres ; L’embarras du choix ; La prière ; Au nom de la terre ; et dernièrement Teddy), on sent une tension intérieure palpable autant sur son visage méfiant, limite crispé, que dans ces faits et gestes (à ses heures perdues, il se change les idées en dégommant des ennemis sur des jeux vidéo plutôt violents), le rendant certes touchant par moment mais incontrôlable au final, partant à la dérive et prêt à exploser à la moindre étincelle. Les autres protagonistes ne sont pas en reste non plus, eux aussi logés un peu à la même enseigne côté potache : des soldats contre le terrorisme pas loin de dérailler, qui se jaugent constamment, parlent avec un langage de kaïras et se mettent sur la gueule, pardon, se castagnent à la moindre occasion qui se présente. Bref, on nage en plein paradoxe dans un climat de suspicion et de peur, entretenu par le pouvoir en place : ils sont eux aussi des menaces potentielles, au même titre que celles et ceux qu’ils suspectent, qu’ils sont censés appréhender ou, du moins, « observer et sécuriser » !
Une rue, des passants, des fenêtres,… : pour eux, tout est synonyme de doute, d’incertitude, de louche, de doute, d’hostilité et de menace « invisible » (avoir toujours « un œil derrière, un œil devant »), d’autant qu’on les bassine avec le fait qu’ils sont en guerre et donc envoyés en « zone de guerre ». Des beaux rôles bien nuancés voire concis, quitte à donner parfois une fausse idée de l’Armée et une mauvaise image de ces militaires, heureusement rehaussés merveilleusement par la présence féminine assez crédible de Leïla Bekhti en sergent ambitieuse, et surtout de Karim Leklou (vu entre autres dans Le prophète, Le nom des gens, La source des femmes, Les anarchistes, et Voir du pays, dans un rôle assez similaire à celui qu’il tient ici) qui marque les esprits en compagnon de patrouille désœuvré et un tantinet « borderline », à force d’attendre que « l’action » se manifeste enfin. En résumé, un 1er long métrage de Giovanni Aloi, plein de simplicité, de subtilité et de suspense, qui se tient jusqu’au bout…

C.LB



 
 
 
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