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Le pianiste (sur Cin + Club)

Sortie  le  10/12/2021  

De Roman Polanski avec Adrien Brody, Thomas Kretschmann, Frank Finlay, Maureen Lipman, Emilia Fox et Ed Stoppard (sur Cin + Club les 10, 13, 14, 19 et 22/12)


Wladyslaw Szpilman, brillant pianiste juif polonais, chappe la dportation. Contraint de vivre au cur du ghetto de Varsovie, il en partage les souffrances, les humiliations et les luttes. Il parvient schapper et se rfugier dans les ruines de la capitale. Un officier allemand va laider et lui permettre de survivre.

Le Palme dOr du dernier festival de Cannes sent la grosse production plein nez : un budget colossal denviron 35 millions deuros, des dcors impressionnants tourns en partie dans la ville mme de Varsovie et Berlin, une reconstitution extraordinaire et minutieuse avec notamment la reconstruction partielle des rues et btiments de cette poque, et enfin une figuration importante pour reprsenter la vie dans cette belle ville martyrise entre 1939 et 1945. Voil de quoi mriter quelques hautes distinctions pour cette ralisation dlicate et difficile, certes dune ampleur prilleuse, voire mme risque, mais mise en scne par un grand amoureux du cinma, le clbre et talentueux Roman Polanski. Faut-il vraiment tre aussi mgalo que lui et vouloir autant se faire plaisir pour quil nous raconte sa manire lincroyable destin et lhistoire douloureuse mais vraie dun jeune et brillant pianiste juif qui a survcu miraculeusement aux massacres et la dportation, cach et perdu dans les ruines de sa ville natale ? Mme sil stait toujours refus jusqualors voquer cette guerre, la rponse est ici affirmative : il est all tourner dans son propre pays, la Pologne et plus spcialement dans la banlieue de Varsovie, comme un plerinage, un profond retour aux sources de son enfance, et comme une sorte dhommage rendue ses parents dcims dans le ghetto de Cracovie. Il y parle de douleur et dhorreur mais aussi de positivit et despoir, lui-mme miraculeux survivant de cet effroyable massacre, ce qui lui a sans doute permis de toucher la corde sensible et davoir ladhsion dun prestigieux jury de festival. Voil donc une belle rcompense, srement lune des plus belles de son long palmars ! Il faut dire que Roman Polanski est un ralisateur opportuniste et astucieux qui a choisit un sujet personnel, un vrai coup de cur avec en plus un thme fdrateur, pour attirer un public de plus en plus passionn par la reprsentation de la musique au cinma, surtout lorsque celle-ci est classique. En effet, il semblerait que le nom dinstruments de musique, ici le piano, soit la mode ces temps-ci : La pianiste de Michael Haneke a reu le prix dinterprtation fminine au festival de Cannes 2001. Le hic, cest quil ne nous laisse quune dizaine de minutes en sa prsence et son coute, surtout vers la fin, sur 2h30 dimages de misre et de mort. Cest peu et cela pourrait faire fuir un grand nombre de spectateurs mlomanes, venus spcialement pour en entendre un peu plus. Dautre part, une histoire comme celle-l a largement t vue au cinma, au point que le public pourrait vite saturer de ce sujet ou tout simplement dnigrer une uvre qui montre encore et toujours les atrocits de la 2me guerre mondiale. Ses dernires ralisations nayant pas spcialement rallier tous les suffrages (Pirates, Frantic, Lunes de fiel, La jeune fille et la mort, La 9me porte), Roman Polanski sachte comme une nouvelle conduite avec un scnario adapt du livre autobiographique du pianiste polonais Szpilman. Il na pas pu sempcher dinsrer au passage quelques-uns de ses souvenirs denfance, tout en restant aussi proche que possible de ce que fut la ralit. Si on se perd dans les mandres de cette ville ventre, torture et ensanglante, au point de nous montrer sans aucun mnagement les svices infligs aux juifs cette poque, on nest pas plus avanc quand la description et la finalit de ce parcours du combattant, celui qua emprunt ce hros anonyme mais authentique. On sait que le froid peut faire des dgts, mais quil permette un pianiste puis, sous-aliment, malade et dtruit moralement, de jouer avec motion et les doigts chauds du Chopin par moins zro au thermomtre, devant un officier allemand qui ne dgage aucune bue lorsquil lui adresse la parole, cest une erreur vraiment regrettable ! En parlant dmotion et de sensibilit, on peut dire que ce film nen contient pas normment : aucune vritable scne poignante, part bien sr les quelques atrocits de rigueur pour un film de ce type. Lacteur Adrien Brody (Summer of Sam, Liberty heights, Oxygen, Bread and roses, Harrisons flowers), pourtant plein de sduction, dlan et de crdibilit dans ce rle dlicat (il joue quelques morceaux de piano lcran) et ingrat (il a perdu 15 kilos pour loccasion), narrive pas nous tirer la moindre larme pendant toute sa prestation. Mme sil se glisse aisment dans la peau du personnage, il ne donne pas toujours la mesure de lenjeu et du danger, restant hermtique aux glandes lacrymales des siens et aux appels dchirants de son peuple mourant. De plus, on ne peut pas dire quil ait vraiment pris part aux luttes hroques de ses congnres, plus souvent enferm que vivant visage dcouvert ! Bref, on aurait esprer un peu plus dintensit et dengagement de sa part, lui qui semble traverser les intempries avec une vidente passivit ! Porter de bout en bout un film tel que celui-l aurait ncessit sans nul doute une meilleure direction dacteur, et aurait demand coup sr un changement de comportement au fur et mesure des souffrances et des humiliations vcues lors de sa lente descente vers lenfer. Quand aux autres personnages, ils sont certes reprsentatifs dun tat de fait mais trop fugaces pour quon ait le temps de sen rendre tout fait compte. En dfinitif, Roman Polanski sest investit dans une gigantesque opration du souvenir sur un ton plutt optimiste, en oubliant davoir une rflexion sur les doutes, les choix et la survie de son protagoniste principal. Quelle dommage, surtout quil y avait matire rendre plus oppressant et plus fort cette ralit, dcrite par son auteur avec un ton dtach et une objectivit surprenante, presque froide. En effet, dans son livre, il y a de mauvais et de bons polonais, tout comme de mauvais et de bons juifs, de mauvais et de bons allemands. Dans cette reprsentation quelque peu lisse dun pass maintes fois ressass au cinma, on reste le cul entre 2 chaises et lil riv sur la montre !



 
 
 
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