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Hospitalité

Sortie  le  26/05/2021  

De Kôji Fukada avec Kiki Sugino, Kenji Yamauchi, Kenji Furutachi, Bryerly Long, Kumi Hyodo et Eriko Ono


Au cœur de Tokyo, la famille Kobayashi vit paisiblement dans leur maison et dirige une petite imprimerie familiale qui se trouve au rez-de-chaussée. Quand un vieil ami de la famille réapparaît, aucun ne va réaliser à quel point il est en train de s’immiscer progressivement dans leur vie… jusqu’à prendre leur place.

Sans aucun cadrage soigné ni effet de caméra particulier, ce petit film sans prétention, autour de l’ histoire d’une famille plutôt tranquille, tourné aussi bien à l’intérieur de leur humble demeure qu’à l’extérieur environnant au travers de la vie monotone de leur quartier proche, bousculée doucement mais sûrement par l’intrusion soudaine de « sympathiques » glandeurs/squatters/délinquants (« avec ces étrangers, on n’est plus en sécurité ! »), a des réminiscences pour ne pas dire même des petits airs de Parasite, le célèbre thriller coréen récompensé par la Palme d’Or à Cannes en 2019, autant par son côté engrenage qui devient vite incontrôlable et dont personne ne sortira véritablement indemne, que par son esprit débonnaire qui va de fil en aiguille prendre des allures de situations loufoques jusqu’à partir en vrille complètement, comme si tout tombait de Charybde en Scylla.
« Petit à petit, l’oiseau fait son nid » : ce proverbe pourrait tout à fait s’apparenter, du moins, correspondre aux circonstances qui vont jalonner l’ensemble des nombreux évènements et autres tribulations rencontrés par les protagonistes de cette production, que ce soit la plupart des membres de ce fratrie (le père, responsable d’une micro-entreprise ; sa sœur célibataire, sa très jeune épouse, sa fille issue d’un précédent mariage, et son unique assistant) ou bien alors les inconnus, des « envahisseurs » venus leur prêter main forte à chacun(e) sans crier gare au point de se rendre presque indispensable : un homme de bonne allure et haut en couleur dont le père a investi des fonds dans l’imprimerie qui, d’un simple avis de recherche d’oiseau disparu, va être embauché et ainsi entraîner avec lui sa jolie femme brésilienne, tentatrice peu farouche, plus tout un tas de « voyageurs » encombrants et itinérants, à venir « occuper » - et cela dans tous les sens du terme – cette maisonnée, tel un lieu de villégiature à la fois pour le travail, l’hébergement et des rendez-vous.
Il y a bien sûr, derrière ce dérapage follement « contrôlé », des questions d’inquisiteur calculateur patenté, des secrets pas toujours cachés, des désirs souvent inavoués, des détournements à l’insu des autres et des tromperies qu’on préférerait taire ou, plutôt, ne pas ébruiter. Bref, chacun(e) à sa manière va troubler l’ordre établi, les petites habitudes, ainsi que le ton « inoffensif » et le rythme nonchalant qui règnent au sein de cette maison à l’existence quotidienne quelque peu répétitive et sans grande extravagance, en acceptant bon gré mal gré ce contexte emprunt d’influences exubérantes diverses, de chantages un tant soit peu bienveillants et de vulnérabilité naïve en tout genre.
Le réalisateur japonais Kôji Fukada (Sayonara ; Harmonium ; L’infirmière) s’amuse beaucoup à (re)présenter, avec ambiguïté, absurdité et une certaine distanciation, les actes de ses intervenants de la manière la plus gonflée et la plus effarée qui soit, n’oubliant pas au passage de pointer quelques disfonctionnements autour d’une société nippone trop policée et trop bien pensante. On se demande d’ailleurs bien pourquoi un tel long métrage, tour à tour grinçant, angoissant, caustique, ironique et satirique, a attendu aussi longtemps (plus de 10 ans) pour sortir enfin dans nos salles françaises ?

C.LB



 
 
 
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