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Sound of metal

Sortie  le  30/12/2020  

De Darius Marder avec Riz Ahmed, Olivia Cooke, Paul Raci, Lauren Ridloff, Mathieu Amalric, Domenico Toledo et Chelsea Lee


Ruben et Lou, ensemble à la ville comme à la scène, sillonnent les Etats-Unis entre deux concerts. Un soir, Ruben est gêné par des acouphènes, et un médecin lui annonce qu'il sera bientôt sourd. Désemparé, et face à ses vieux démons, Ruben va devoir prendre une décision qui changera sa vie à jamais.

Ne vous laissez pas avoir ou, plutôt, ne vous fiez pas trop au titre de ce film indépendant, ce « son de métal », que vous entendrez au tout début, n’est que très bref voire à peine perceptible, se transformant vite en une immersion presque totale dans le monde du silence (sifflements sourds, voix étouffées, bruits indistincts), de par le handicap que subit le personnage principal – d’abord des bourdonnements, puis des troubles et enfin la perte définitive de l’ouïe -. Atteint de surdité latente pour ne pas dire assez rapide et néanmoins irréversible, ce dernier, de plus batteur dans un groupe de punk-rock, va devoir passer par plusieurs étapes difficiles – dégradation et déformations sonores dialogues inaudibles, passage d’un audiogramme (test auditif), séjour dans un centre pour malentendants avec l’apprentissage de la langue des signes, mise en place d’implants – avant de se rendre à l’évidence : il ne retrouvera pas ou, du moins, plus jamais sa sensibilité auditive d’antan.
Avec un petit air de l’acteur Adrien Brody, l’anglais Riz Ahmed (The road to Guantanamo; We are four lions; III manors; Night Call; la série télévise The night of; Rogue One: A Star Wars story; Les frères Sisters; Venom), de surcroît rappeur à ses heures perdues, semble parfaitement se glisser dans la peau de son personnage tout en intensité émotionnelle, correspondant assez bien à l’image que l’on peut se faire d’un musicien de ce style (le visage du toxicomane « repenti » avec le corps tatoué de partout) qui a perdu l’une de ses facultés majeures et donc l’un de ses plus précieux « outils de travail », bref, qui va être coupé du monde extérieur, avec en prime l’humeur à cran. Il assure de sa présence « modulable » à fleur de peau pendant les 2h05 que dure ce drame pas véritablement musical dans le fond mais plus docu-fiction dans la forme. De son côté, l’actrice Olivia Cooke (Les âmes silencieuses ; This is not a love story ; Katie say goodbye ; Pur-sang ; Ready player one) apporte, malgré ses rares apparitions à l’écran, un petit supplément à la fois tendre et intimiste à cet homme en plein désarroi, à la recherche d’un peu d’aide et qui tentera de se canaliser tant bien que mal tout seul. N’oublions pas la courte performance de Paul Raci (L’ombre blanche ; Smoothtalker), en responsable d’une communauté pour sourds en toute « sérénité », qui est à saluer au passage.
Si l’histoire, malgré une certaine lenteur ambiante, est bouleversante à plus d’un titre (pas franchement sonore ici !), elle n’en est pas moins prenante pour autant, permettant au casting de cheminer et de se confronter à des situations contrastées et même traumatisantes que personne n’aimerait rencontrer un jour. On y apprend d’ailleurs quelques rudiments manuels, pardon, visuels afin de se comprendre entre personnes atteintes de déficiences auditives. Pour le reste, peu d’échanges verbaux (et pour cause !) et d’une bande-son tenue (ce qui s’explique aisément vu le sujet abordé !) : en revanche, une conviction affichée et bien chevillée au corps – et à l’oreille par la même occasion -, celle de se dire que la surdité n’est pas forcément un handicap pour celles et ceux qui l’ont, bien que cela puisse être « fort » gênant pour l’avenir d’un protagoniste comme celui dépeint ici, menant une vie itinérante sur les routes, en tournée quasi perpétuelle et en concert à fond les décibels...

C.LB



 
 
 
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