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Africa mia

Sortie  le  16/09/2020  

De Richard Minier et Edouard Salier avec Richard Minier, Boncana Maïga, Dramane, Aliou, Bah Tapo, Moustapha,...


C'est une histoire qui commence en pleine guerre froide, en 1964, quand dix musiciens maliens débarquent dans la Havane de Castro pour y étudier la musique. En brassant les sonorités, ils deviennent le premier groupe afro-cubain de l'histoire : les Maravillas de Mali. Cinquante ans plus tard, entre Bamako et la Havane, nous partons à la recherche du maestro Boncana Maïga, son chef d'orchestre, avec le projet fou de reformer ce groupe de légende !

Traduisez Mon Afrique, ce vaste continent qui recèle tant d’histoires méconnues aussi belles qu’incroyables, aussi merveilleuses que surprenantes ! Et celle-ci en vaut le détour, voire même un film ou disons plutôt un documentaire plus ou moins musical, racontant les aventures de plusieurs étudiants originaires du Mali envoyés « en mission nationale » à La Havane, dès janvier 64 en pleine euphorie castriste (on apprendra d’ailleurs que le Che en personne est venu les voir, servant même ‘d’interprète » entre la délégation « espagnole » sur place et ces « immigrants » parlant juste le français, accueillis avec tous les honneurs), pour recevoir une formation complète de musique tout frais payés – cours, logement, argent de poche et nourriture -, De ce métissage culturel entre la musique africaine et celle cubaine est né un orchestre magnifique devenu mythique sur l’île, qui fit d’eux des stars, réussissant à faire danser les cubains pendant au moins 7 années lors de longues nuits enfiévrées, avant d’être obligé de regagner leur terre natale fortement chamboulé politiquement.
Que reste-t-il de ce groupe légendaire dit de « world music » bien avant l’heure après 45 ans de bons et loyaux services ? Quelques très rares membres, du moins 5 en début de film, les seuls miraculés encore de ce monde qui servent ici de fil conducteur sur plus de 15 ans de tournage, chacun se remémorant l’âge d’or cubain et les conditions de vie exceptionnelles de l’époque là-bas, jusqu’à se rappeler au bon souvenir des enregistrements studio comme des disques sortis avec, à la clé, plein de tubes bien chaloupés (Rendez-vous chez Fatimata, un classique indémodable interprété récemment dans une nouvelle version par le chanteur guinéen Mory Kanté). C’est l’occasion d’écouter parler tour à tour un joueur de flûte traversière, un percussionniste, un violoniste, la femme d’un pianiste et un chef d’orchestre, ce dernier étant l’unique survivant actuel.
Si l’emblème des relations entre 2 pays « socialistes », certes séparé par l’océan Atlantique mais réuni par la musique, a quelque peu perdu de sa superbe – et pour cause - avec le temps et les cheveux grisonnants, il n’en est pas moins devenu un formidable documentaire sur la recherche de l’âme de la musique afro-cubaine et cela à travers un voyage dans l’espace (entre La Havane et Bamako ou Gao) et le temps, grâce notamment au travail acharné et à la patience (15 ans tout de même !) d’un producteur français Richard Minier qui, tel un fin limier sur les traces de ces musiciens maliens et à l’aide de sa petite caméra, a initié ce projet fou et a filmé depuis 1999 toutes ces démarches (interviews entre autres de Salif Keita et d’un ancien ministre de la culture malien), ces retrouvailles et ces rencontres aussi impensables qu’improbables.
Cette quête presque éperdue ne pouvait finir sans une « reformation » sur une scène de Bamako en 2018, sous forme d’hommage aux « Merveilles du Mali », recomposés pour la circonstance de jeunes musiciens cubains et accompagnés bien entendu de Boncana, seul rescapé toujours en vie aujourd’hui.

C.LB



 
 
 
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