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Je ne rêve que de vous

Sortie  le  15/01/2020  

De Laurent Heynemann avec Elsa Zylberstein, Hippolyte Girardot, Emilie Dequenne, Mathilda May, Philippe Torreton, Grégori Derangère et Thomas Chabrol


1940. Jeanne Reichenbach renonce à sa vie confortable pour lier son destin à celui de Léon Blum. Elle l'aime depuis l'adolescence et sacrifie sa liberté pour l'épouser à Buchenwald où il est enfermé. Ils survivront.

Cela aurait pu très bien être le titre d’une chanson, notamment l’une de celles que le célèbre auteur et compositeur Vincent Scotto aurait pu écrire à l’époque – pendant l’entre deux-guerres -, qui d’ailleurs, pour les besoins du film, sert de petite musique ambiante pour « réchauffer les cœurs meurtris », interprétée par Mathilda May (sa seule et unique prestation). Et pourtant, c’est une version remaniée, pardon, « romancée » du livre de Dominique Missika, Je vous promets de revenir – 1940/1945 - le dernier combat de Léon Blum, racontant la véritable histoire sentimentale de cet homme d’état « providentiel » emprisonné (il fut jugé responsable de la défaite de la France en 1939) avec sa soi-disant « secrétaire » éprise pour ne pas dire éperdument amoureuse de lui avec le sens du sacrifice bien chevillé au corps.
Le réalisateur Laurent Heynemann (Le mors aux dents ; Stella – sujet sur la gestapo - ; Il faut tuer Birgitt Haas ; Les mois d’avril sont meurtriers ; La vieille qui marchait dans la mer) a voulu rendre un vibrant hommage à cette liaison qui s’est déroulée pendant l’occupation avec toute la passion et toute l’intensité de leur relation. Le problème, c’est qu’il s’est cantonné à nous dépeindre une drôle d’amourette sous forme de téléfilm, tout en exaltation affichée et en exagération appuyée, tel des collégiens en pleine fougue juvénile, échange épistolaire « érotique » en prime. Et c’est parti pour 1h40 de dialogues bavards et (beaucoup) trop écrits pour être naturels au point de sonner faux dans leur bouche, autant à elle (« Quand je pense à moi, je pense à vous » ; « Dans ma tête, il n’y a que vous » ; « Je suis liée à lui, j’y peux rien ! » ; « Comment être heureuse au milieu du désastre qui s’annonce ! ») qu’à lui (« J’ai le devoir de me faire entendre » ; « sa volonté me donne de la force » ; « C’est la guerre : plus de place aux sentiments ! »).
Pour jouer (mal) ses 2 personnages historiques, Laurent Heynemann a fait appel à Elsa Zylberstein qui, voulant trop bien faire, en fait un max dans la peau d’une maîtresse « irrépressible », pas loin de la mijaurée insouciante déguisée en tribun puis en tragédienne de théâtre aussi émotive qu’emportée, ainsi qu’à Hippolyte Girardot, pas ressemblant, mauvais comme ce n’est pas permis et amant libidineux à la vue de sa dulcinée à la fois « fébrile, excessive et heureuse ». Le seul qui s’en sort haut la main est Philippe Torreton sous les traits d’un Pierre Laval plus vrai que nature. Bref, un drame qui se transforme rapidement en (méli) mélo laborieux et grotesque (ça chante, ça danse et ça pleure !) sur fond de tour de France des châteaux autant pyrénéens qu’auvergnats...

C.LB



 
 
 
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