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Adults in the room

Sortie  le  06/11/2019  

De Costa-Gavras avec Christos Loulis, Alexandros Bourdoumis, Ulrich Tukur, Daan Schuurmans, Josiane Pinson, Cornelius Obonya et Aurélien Recoing


Après 7 années de crise, le pays est au bord du gouffre. Des élections, un souffle nouveau et deux hommes qui vont incarner l’espoir de sauver leur pays de l’emprise qu’il subit. Nommé par Alexis, Yanis va mener un combat sans merci dans les coulisses occultes et entre les portes closes du pouvoir européen. Là où l’arbitraire de l’austérité imposée prime sur l’humanité et la compassion. Là où vont se mettre en place des moyens de pression pour diviser les deux hommes. Là où se joue la destinée de leur peuple. Une tragédie grecque des temps modernes.

Il était inconcevable et impensable qu’un réalisateur grec d’origine, tel que celui de la trempe de Costa-Gavras, ne parle pas un jour de la destinée actuelle de sa Grèce natale, même accablée face à une crise économique sans précédent, aussi accablante qu’écrasante pour son peuple tout entier. Déjà sensibilisé par les problèmes politiques rencontrés chez lui (souvenez-vous notamment de Le capital et bien évidemment de Z et de L’aveu, 3 films qui pour lui sont l'occasion de témoigner de son engagement dans ses idées et de proposer une réflexion sur le pouvoir), il réitère son discours cinématographique avec ce constat alarmant dans lequel son pays est plongé depuis 2008.
Avec plus de 400 milliards de dettes à la clé, il n’en fallait pas plus pour que ce franco-grec nous brosse le portrait peu reluisant de la plupart des protagonistes qui ont été mêlé, de près comme de loin, à ce gigantesque désastre - toujours actuel -, en (grande) partie causée via les diktats imposés par l’Union Européenne et notamment les allemands. Toute la question de ce film/témoin(gnage) est de savoir si le nouveau gouvernement démocratique grec fraîchement élu et en place depuis peu (des « gauchistes », héritiers d’un pays surendetté, à peine rodés aux aléas du pouvoir) pouvait être capable ou non de rembourser ce que les pays européens leurs ont prêté, pardon, alloué sous certaines conditions (la fameuse troïka imposée pour ne pas dire infligée par l’E.U. et ses différents organismes financiers).
L’enjeu est d’autant plus de taille que le 1er ministre et surtout son ministre des finances vont tout mettre en œuvre, du moins, tout tenter pour essayer de trouver des compromis afin de ne pas ruiner encore un peu plus la confiance de leurs électeurs ainsi que leur économie déjà bien fragilisée et trop malmenée, pour ne pas dire au bord du gouffre, voire même un bon pied dedans ! Et c’est à un jeu de dupes auquel nous allons assister pendant plus de 2 heures et que vont se livrer ces hommes – et ces femmes – devant nos yeux, entre des français assez vulnérables (l’occasion de voir rapidement un sosie d’Emmanuel Macron, encore ministre de l’économie à l’époque !), des anglais très frileux et des allemands particulièrement rétissants ou, plutôt, intraitables question aides (« il faut les virer de l’euro »). A partir de ce moment, tout est bon pour essayer de négocier au mieux un nouveau programme de réformes - et donc d’austérité - sans décevoir leurs électeurs, tout en louvoyant entre promesses (populistes) et réalité tangible, parti et gouvernement, âpres négociations et périlleuses interventions, « ambigüité constructive » et réelles décisions, référendum à l’appui.
Un sujet franchement pas facile à traiter mais subtilement mis en scène par un spécialiste de la question, autour d’un cas d’école réel vraiment complexe mais défendu coûte que coûte même très chèrement (« rentrer dans le rang ou bien en sortir ! »), un biopic dramatique contemporain en forme de bras de fer tragique (« tenez bon, ne lâchez rien ! ») porté par un casting 5 étoiles « idéal », véritable cours d’économie du type exercice de style politique aussi tendu que féroce qui séduira assurément autant les férus de réflexions que les passionnés du jeu du chat et de la souris, dans un contexte douloureux, encore sensible et toujours perceptible aujourd’hui. En résumé, un Grexit plus vrai que nature (et pour cause, adapté du livre choc du principal intéressé et protagoniste ici, Yanis Varoufakis, ex-ministre grec des finances) qui, on le sait, a abouti à un refus catégorique du peuple grec de quitter l’union européenne et de sortir de l’euro, avec les conséquences qui s’en suivent encore ! A quand prochainement une version cinématographique du style Brexit ?.....

C.LB



 
 
 
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