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La favorite

Sortie  le  06/02/2019  

De Yorgos Lanthimos avec Olivia Coleman, Emma Stone, Rachel Weisz, Nicholas Hoult, Joe Awyn, James Smith III, Mark Gatiss et Faye Daveney


Début du XVIIIème siècle. L’Angleterre et la France sont en guerre. Toutefois, à la cour, la mode est aux courses de canards et à la dégustation d’ananas. La reine Anne, à la santé fragile et au caractère instable, occupe le trône tandis que son amie Lady Sarah gouverne le pays à sa place. Lorsqu’une nouvelle servante, Abigail Hill, arrive à la cour, Lady Sarah la prend sous son aile, pensant qu’elle pourrait être une alliée. Abigail va y voir l’opportunité de renouer avec ses racines aristocratiques.
Alors que les enjeux politiques de la guerre absorbent Sarah, Abigail quant à elle parvient à gagner la confiance de la reine et devient sa nouvelle confidente. Cette amitié naissante donne à la jeune femme l’occasion de satisfaire ses ambitions, et elle ne laissera ni homme, ni femme, ni politique, ni même un lapin se mettre en travers de son chemin.


Le génial et pour le moins atypique réalisateur grec Yorgos Lanthimos a toujours su nous étonner et même nous déstabiliser avec beaucoup de talent narratif et de finesse visuelle, ne laissant jamais indifférent quiconque, autant les spectateurs que les jurés d’un festival, que ce soit avec Canine (Prix Un Certain Regard à Cannes en 2009), The lobster (Prix du Jury à Cannes en 2015) et Mise à mort du cerf sacré (Prix du Scénario à Cannes en 2017). Rarement à court d’idée, il a su se renouveler sans reprendre 2 fois le même genre de scénario – si ce n’est d’avoir déjà fait tourner à 2 reprises les 2 mêmes actrices, Rachel Weisz et Olivia Coleman dans The lobster ! -, utilisant des plans de prises de vue plutôt assez originaux, sophistiqués et décalés pour un film d’époque en costume (focales grand angle appelées aussi « fisheye » qui donnent une dimension supplémentaire quelque peu grandissante pour ne pas dire déformante ; lueurs de bougies servant d’unique source de lumière dans certaines scènes pas loin de celles filmées par Stanley Kubrick dans Barry Lyndon ; représentation de plans de divertissements hyper-stylisés ou bien alors de frivolités excentriques, aussi détonantes qu’extravagantes d’ailleurs – notamment certains drôles pas de danse ultra modernes pour cette période de l’Histoire ! -, un peu à la manière de Meurtre dans un jardin anglais de Peter Greenaway).
Cette fois, il ne s’est pas privé de nous en mettre plein la vue au sein d’une cour anglaise aux antipodes de l’image que l’on pourrait avoir de la royauté, où les principes sont peu respectés, les rapports assez ambigus et les mœurs disons légères, un lieu particulièrement peu enclin aux bonnes manières, formalités d’usage, conventions de circonstance et autres obligations, faisant fi d’une certaine discipline ou réglementation comme l’exige voire l’impose leur rang, avec également tout ce que cela peut comporter comme manipulations, billevesées, « quand dira-t’on », non-dits, mensonges, intrigues, coups bas, sous-entendus, manigances, ragots, jeu et abus de pouvoir. C’est à celui ou celle qui saura le mieux tirer les marrons du feu sans (trop) se brûler ou, si vous préférez, avoir les faveurs d’une souveraine instable, d’autant que les rivalités sont monnaie courante, les rancunes tenaces et les secrets d’alcôve vont bon train, soient bien gardés soient alors divulgués et souvent exagérés ou utilisés à bon/mal escient !
S’il y a péril en la demeure au sein de cette vie de château d’un autre siècle un tant soit peu jubilatoire, déjantée et débauchée, c’est que ceux et celles qui y vivent et y évoluent ont bel et bien des aptitudes comme des velléités cupides à vouloir non pas être le calife à la place du calife mais plutôt ici d’être la – seule et unique – confidente appelée aussi « la favorite » (ici jouée tour à tour par Emma Stone, éblouissante, et Rachez Weisz, grandiose, 2 entremetteuses qui ont bien du mal à rester à leur place sur fond de coups de griffes acérés !), auprès d’une « drôle » de reine, Anne d’Angleterre (interprétée magistralement par Olivia Coleman, aperçue entre autres dans Hot fuzz, La dame de fer, Week-end royal – déjà dans un rôle de reine mais cette fois celui d’Elizabeth -, Mariage à l’anglaise, et The lobster, et qui vient de remporter coup pour coup un prix de la meilleure interprétation féminine à la Mostra de Venise et un prix de la meilleure actrice dans une comédie aux Golden Globes, les 2 pour La favorite bien sûr !), sujette à des sautes d’humeur et à des crises peu digne d’une tête amplement couronnée.
Cette dernière a beau être aussi consternante que malhabile et empotée, parfois gentille, douce, adorable telle une gamine limite bouffonne, parfois fofolle, dure, absurde, outrancière, susceptible, grossière et même méchante, le reste de la cour n’est pas en reste non plus ni mieux loti qu’elle, tous avec « de ces gueules » caricaturales au possible, maquillées de façon grotesque et emperruquées comme ce n’est pas permis, s’évertuant parfois à se défouler de manière stupide, infantile, ridicule, narcissique et mesquine. On se demande d’ailleurs comment l’intendance du palais et les affaires du pays, à la fois politiques, économiques et militaires, ont bien pu être gérées en ce temps d’une main de fer si ce n’est d’un gant de velours ouaté !
On savoure chaque minute de cette comédie brillante, décadente, mûrement réfléchie et fabuleusement machiavélique, certes peu traditionnelle mais fastueusement délirante, où un duel féminin subtilement étudié, sorte de « combat de poules » tout en nuance précise et en caractère bien trempé, se joue devant nos yeux pendant 2 bonnes heures passant sans qu’on s’en rende compte et sans la moindre baisse de régime dit « royal », ponctuées d’une BO entêtante tour à tour classique, baroque et étrange (voire même expérimentale et en boucle), de portraits, regards ou expressions acerbes qui valent bien souvent beaucoup plus que de simples paroles ; mots et autres discours pourtant très bien écrits ici....

C.LB



 
 
 
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