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Amen (sur Cin + Club)

Sortie  le  29/11/2022  

De Costa-Gavras avec Ulrich Tukur, Mathieu Kassovitz et Ulrich Mhe (sur Cin + Club les 29 et 30/11 + 01, 05, 10 et 13/12)


2 systmes : dun ct, la machine nazie, de lautre, la diplomatie du Vatican et des allis. 2 hommes qui luttent de lintrieur : un officier SS, Kurt Gerstein, et un jeune jsuite, Ricardo Fontana.

Il existe des films difficiles, des uvres ncessaires abordant des sujets dlicats, qui mritent vraiment toute notre attention. Mme si cette ralisation traite dun cas trs particulier qui sest droul pendant la Seconde Guerre Mondiale, rsultant de la mort de millions de juifs, dports dans des camps de concentration, il ne faut pas crier encore un film sur ce sujet , ni avoir de frayeurs ou de prjugs ngatifs avant de lavoir vue. En effet, cette production relate un fait divers rel qui est survenu pendant cette priode, celui dun officier nazi qui a essay de prvenir le monde de leffroyable machine de mort quavait mise en place Adolf Hitler, second dans cette opration par un jeune jsuite en relation avec le Pape.
Avec beaucoup de subtilit, le ralisateur Costa-Gavras (Z, Laveu, Etat de sige, Section spciale, Missing, Music box) na pas voulu porter un jugement sur ce qui sest pass, comme un simple documentaire historique la manire du film Lil de Vichy de Claude Chabrol. Il a prfr dpeindre les faits tels qui se sont rellement passs sans tomber dans un sentimentalisme exacerb ou dans une dramatisation outrance. Avec une retenue qui confine la pudeur, son propos terrible sur les camps est prsent en grande partie par des dialogues, loin de toute violence visuelle gratuite.
En effet, mme si on ne sort pas indemne de ce film, ce nest pas cause de possibles images violentes (on ne voit ni les camps, ni les victimes, ni les horreurs), mais grce un montage et un processus de narration qui privilgie les mots plus que les faits. La seule vocation de ce qui se passe, cest la vue de ces trains vides, portes grandes ouvertes sur des paysages ars. On apprend au fur et mesure de lhistoire que tout le monde savait ce qui se passait mais que personne na ragit. Les allis et notamment les amricains taient au courant mais nont jamais bombards les installations dextermination et nont pas faits drailler les trains : ils ont tourns les yeux et ont regards ailleurs pendant toute la dure de la guerre.
On lapprend dailleurs en voyant cette histoire dramatique : cette quasi totale indiffrence, forme soft de la complicit, na pas commence au moment des camps, ne sest pas arrte la fin de la guerre et na pas grandit pendant celle-ci. Une attitude monstrueuse et inhumaine qui a encore des rpercussions partout dans le monde : il suffit de voir certains tats qui se sont habitus aux monstres comme dernirement pendant la guerre en ex-Yougoslavie (procs en cours du tyran Slobodan Milosevic). Un des tats qui a aussi fait la sourde oreille fut le Vatican et sa saintet Pie XII, un pape compltement abstrait. Son appareil de pouvoir na pas ragit non plus aux plnipotentiaires qui rclamaient une raction, une voix contre les peuples opprims. Le Vatican a eu peur de troubler son sommeil par ces histoires de juifs gazs et brls. Lglise pensait davantage sa survie qu sa raison dtre. Ah, si Jean-Paul II avait t sa place lpoque, a se serait pass peut-tre diffremment, mme en tant que polonais !
Les 2 protagonistes du film, un SS criminel et un homme dglise complice, vont rompre avec leur systme respectif en tentant dalerter le Vatican et les allis. Cette lutte, qui nempche pas la machine de mort de fonctionner, finit presque par tre une action pour eux-mmes, une dnonciation pour eux-mmes. Malheureusement, tout ce quils entreprennent se retourne contre eux. Autrement dit, mme du bien peut natre le mal. Dans cette situation aussi peu productive despoir, ils font malgr tout fait passer leur conscience avant leur scurit. Car au final, le complicit comme lindiffrence, cest la peur. Cette adaptation de la pice de thtre Le vicaire de Rolf Hochhuth met en avant, en plus des mots, la difficult de la lutte, de laction contre un systme qui dtruit toute lhumanit. Le film repose sur 3 piliers fondateurs : le personnage rel de Kurt Gerstein (interprt par lexcellent Ulrich Tukur) dont nous suivons le parcours et laction sans toutefois faire sa biographie ; Riccardo (jou par Mathieu Kassovitz), personnage de fiction, composite de diffrents prtres ; et enfin, le 3me personnage, lHistoire et son auxiliaire, le cynisme incarn par le docteur (le sublime Ulrich Mhe) qui survivra tout et tous.
Le film regarde beaucoup les visages des tmoins, dcrypte leurs rictus, leurs moindres mouvements et leurs actions. Ce nest pas le personnage qui est le sujet du film, cest lHistoire. Les personnages servent clairer le sujet. Ce nest pas non plus un film sur le pass mais sur aujourdhui, qui fait un dtour par le pass par ce que nous connaissons et ce que nous avons plus ou moins digr et assum depuis. Le film met le doigt sur cette question qui se pose nous chaque instant de notre vie : quel moment doit-on redevenir un personnage thique ? Le film dmarre sur cette passivit et finit sur une mme impression de ngligence.
Avec motion, ce film bouleversant restera un tmoignage subtil et pertinent pour tous ceux qui ne connatraient pas notamment lexistence de ces rares personnages qui ont essays dune manire ou dune autre de faire bouger les choses et le monde. Voil un film qui remplit une mission mais qui aura sans doute du mal se faire lcho auprs dun large public !

C.LB



 
 
 
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