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La rafle
Sortie
le 10/03/2010
De Rose Bosch avec Jean Reno, Mélanie Laurent, Gad Elmaleh, Raphaëlle Agogue, Anne Brochet, Isabelle Gélinas, Thierry Frémont et Sylvie Testud
1942. Joseph a 11 ans. Et ce matin de juin, il doit aller à l’école, une étoile jaune cousue sur sa poitrine. Il reçoit les encouragements d’un voisin brocanteur, et les railleries d’une boulangère. Entre bienveillance et mépris, Jo, ses copains juifs comme lui, leurs familles, apprennent la vie dans un Paris occupé, sur la Butte Montmartre, où ils ont trouvé refuge. Du moins le croient-ils, jusqu’à ce matin de 16 juillet 1942, ou leur fragile bonheur bascule… Du vélodrome d’Hiver, où 13.000 raflés sont entassés, au camp de Beaune-La-Rolande, de Vichy à la terrasse du Berghof, la rafle suit les destins réels des victimes et des bourreaux. De ceux qui ont orchestré ; de ceux qui ont eu confiance ; de ceux qui ont fui ; de ceux qui se sont opposés. Tous les personnages du film ont existé. Tous les évènements, même les plus extrêmes, ont eu lieu cet été 1942.
Ce drame historique bouleversant, restitué dans ses moindres faits et gestes, n’avait jamais été porté véritablement à l’écran (pas dans Un secret, ni dans Mr. Klein et encore moins dans Au revoir les enfants !), c’est maintenant chose faite ! Ca y est, on l’avons enfin notre vrai film bien culpabilisant (et non un documentaire tel que le célèbre Nuit et brouillard d’Alain Resnais !), notre « Liste de Schindler » à la française, réalisé par Rose Bosch à qui l’on doit entre autre les scénarios de 1492 Christophe Colomb de Ridley Scott, En plein cœur de Pierre Jolivet, Bimboland d’Ariel Zeitoun et Le pacte du silence de Graham Guit, ainsi que le film Animal en tant que metteur en scène. Cette fois, elle n’y va pas par 4 chemins, dépeignant avec minutie et précision ce qui s’est réellement passé à Paris il y a maintenant de cela presque 70 ans. Ce pan de l’Histoire peu glorieux et occulter par beaucoup, à imputer d’ailleurs autant aux occupants allemands qu’aux français collabos, est reconstitué ici avec un soucis du détail et un travail de la mémoire, comme ce fameux Vél’d’Hiv parisien, lieu principal du film où furent entassés pendant plusieurs jours des milliers de juifs avant qu’ils ne soient déportés vers l’Est dans des camps de concentration. Aujourd’hui, cet endroit a définitivement disparu (seule une plaque commémorative précise son emplacement dans le 15ème arrondissement) mais il est ici reproduit à l’échelle avec justesse, histoire de se rendre compte des conditions épouvantables dans lesquelles ces hommes, femmes et surtout enfants ont vécu leur emprisonnement ou plutôt leur internement. Ce film, aussi prenant qu’émouvant, se veut d’être surtout un reflet exact et un respect fidèle d’un souvenir à tout jamais ancré dans la tête de certaines personnes et plus précisément dans celle des rares survivants revenus de déportation, ainsi que d’un passé certes révolu mais encore bien présent dans les (mauvaises) consciences de ces français qui ont laissé faire sans broncher. En effet, il n’y a pas de quoi pavoiser lorsque apparaît le Maréchal Pétain discutant de la politique antisémite à Vichy avec Pierre Laval tout en orchestrant cette machine infernale, René Bousquet pactisant avec des officiers nazis sur la question d’épuration raciale dans les bureaux de la Gestapo française, ou encore Hitler dans son nid d’aigle en Bavière donnant des ordres d’exterminations massives avec ses enfants sur les genoux. Derrière cette histoire oh combien dramatique se cache en fait une accusation plus ou moins déguisée, lancée assez directement à la France et aux français de l’époque qui ont été complices de ce crime odieux et abjecte, d’autant que le film révèle certaines phrases compatissantes qui en disent longs sur les mentalités et autres préjugés à cette période (« vous ne devriez pas faire des enfants par les temps qui courent ! » ; « c’est une mesure de salubrité publique, vous savez ! »). Difficile après cela de ne pas porter un sentiment de honte comme d’indignité à l’égard de ces policiers, miliciens et politiciens français qui ont accepté cette basse besogne sans sourciller. Pourtant, comme il est précisé dans le film, une partie de la population a aidé et permis à 10.000 juifs de passer entre les mailles de cet immense « coup de filet » ! Le casting est à la hauteur de ce projet à la fois délicat et ambitieux, porté par des comédiens aussi justes et sérieux que possible (Mélanie Laurent en infirmière « martyr », Jean Reno en médecin très humain, Gad Elmaleh en père révolté, Thierry Frémont en pompier épouvanté), qui revisite l’Histoire avec précision et loyauté pour tous ces jeunes qui n’auraient qu’une vague idée de ce qu’était la rafle du 16 juillet 1942 ! En résumé, voilà un bon moyen de retracer les évènements tragiques de cette date fatidique qui ont quelque peu entaché notre belle capitale à un moment sombre de son passé.
C.LB
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