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Royal affair (sur Ciné + Emotion)

Sortie  le  17/03/2026  

De Nikolaj Arcel avec Mads Mikkelsen, Alicia Vikander, Mikkel Boe Folsgaard, Trime Dyrholm et David Dencik (les 17, 19, 27 et 28/03 + 04 et 06/04)


Danemark 1770. La passion secrète que voue la reine Caroline Mathilde au médecin du roi, l’influent Struensee, va changer à jamais le destin de la nation toute entière.
Royal affair relate une page capitale de l’histoire danoise, oubliée des manuels français. La relation amoureuse et intellectuelle entre Caroline Mathilde et Struensee, fortement influencée par les philosophes des Lumières, Rousseau et Voltaire en tête, conduira au renversement de l’ordre social établi, et annoncera les révolutions qui embraseront l’Europe 20 ans plus tard.


Qui a dit qu’il n’y avait que les réalisateurs anglais pour magnifier autant le 18ème siècle au cinéma ? Sûrement pas Nikolaj Arcel qui réussit ici à faire au moins autant si ce n’est aussi bien que ces illustres prédécesseurs dans des films relatant la même époque, que ce soit Julian Jarrold (Jane), Nicholas Hytner (La folie du roi George), Roland Joffé (The mission), Joe Wright (Orgueil et préjugés), Stephen Frears (Les liaisons dangereuses), ou bien alors Saul Dibb (The duchess), mais pas encore du niveau de Stanley Kubrick (Barry Lyndon) tout de même !
En effet, ce scénariste et réalisateur danois, à qui l’on doit d’ailleurs l’écriture du célèbre film suédois Millénium sorti en 2009, n’a vraiment pas son pareil pour exploiter une photo sublime et utiliser des prises de vues irréprochables, ainsi que pour tourner autant de paysages bucoliques grandioses que de grands châteaux splendides (en réalité d’origine tchèques), sans oublier d’apporter une attention toute particulière à la reconstitution de cette période révolue. Tout cela était indispensable pour rendre à la fois crédible, prenant, harmonieux et sincère cette fresque épique et historique qui fit souffler un vent de changement au Danemark dès 1770. C’est que nous sommes dans une Europe en plein bouleversement qui commence à inaugurer une ère nouvelle, où mesures et réformes pointent le bout de leur nez et tentent de s’imposer tant bien que mal, face à une noblesse et un clergé peu enclin à lâcher la bride, voire une once de pouvoir.
Il fallait bien toute la subtilité et toutes les nuances possibles de la part d’un tel metteur de scène, pour montrer à l’écran cette véritable « Histoire en marche » dans un pays européen précurseur, et cela malgré les nombreuses intrigues, manigances, conspirations et autres manipulations à la cour, fromentées autant par les décisions des « perruques » bien en place que par les idées « pernicieuses », à la fois humanistes et libérales, venues de quelques libres penseurs, inspirés par Voltaire et adeptes des Lumières. La renaissance d’un pays n’est certes pas très loin mais elle est pourtant à ce prix !
Et pour interpréter ces magnifiques personnages liés aux annales de l’Histoire, quel casting ! Mads Mikkelsen (After the wedding ; Casino royale ; Coco Chanel et Igor Stravinsky) - couronné récemment par le prix d’interprétation masculine pour La chasse au dernier festival de Cannes - en médecin personnel de sa Majesté qui l’influence dans ses importantes décisions ; ce dernier joué par Mikkel Boe Folsgaard qui a d’ailleurs remporté l’Ours d’Argent du meilleur acteur au festival de Berlin 2012 pour son rôle du jeune roi Christian VII plutôt faible, aussi immature qu’infantile, perturbé, voire même malade, qui a des sautes d’humeur incontrôlables ; époux d’Alicia Vikander (bientôt dans Anna Karénina de l’anglais…Joe Wright !), elle-même tiraillée entre son devoir de reine du Danemark qui doit accepter son destin sans rechigner et son amour pour le médecin du roi qui l’a met constamment en danger, d’autant qu’elle porte de cette « union » adultérine leur enfant.
Bref, une belle page de l’Histoire du Danemark (avec néanmoins quelques libertés prises au passage), et un beau sujet certes dramatique mais passionnant, puissant, pour ne pas dire poignant, à la hauteur de ses ambitions, qui tient la route sans excès ni temps morts, et cela malgré 2h16 de pellicules ! Une prouesse autant visuelle que narrative qui mériterait au moins une reconnaissance toute britannique, n’est-il pas ? A présent, messieurs les anglais, à vous de retirer…les premiers….

C.LB



 
 
 
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