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Ce qui arrive et ce qu’on attend (jusqu'au 9 janvier)

le  05/11/2010   au théâtre du Petit Montparnasse, 31 rue de la Gaité 75014 Paris (du mardi au samedi à 21h et dimanche à 17h)

Mise en scène de Arnaud Denis avec Virginie Pradal, Arnaud Denis, Blanche Leleu, Adrien Melin, Jonathan Max-Bernard, François Mougerot et Jean-Pierre Leroux écrit par Jean-Marie Besset




« Entre les ambitions exaspérées du jeu social, les trahisons et renouements du jeu amoureux, nous passons une large part de nos existences dans des temps creux : les moments d’attente. Je me suis attaché à présenter des hommes et des femmes dans de pareils moments : entre 2 portes, 2 êtres, dans des situations d’expectative, provisoires, donc déséquilibrées. Entre l’enfer et le paradis, la religion a inventé le purgatoire. »
C’est sur ce constat philosophique que Jean-Marie Besset, l’auteur, nous invite à un théâtre d’un genre inédit. Le décor évoque ce lieu entre 2 mondes, symbolisé par un couloir qui s’étend à l’infini. Au centre, une porte fermée représente le « passage ». Mais, l’atmosphère qui se dégage de ce huis clos est étrange, de par le rôle perturbant des personnages. L’histoire est celle de 2 architectes arrivistes, candidats à la construction du premier monument sur la lune. Une commission ministérielle doit décider du lauréat. La direction du jury est confiée à une fonctionnaire fantasque, en proie à la luxure autant qu’à l’autoritarisme. Les relations sont intriquées. Entre le désir de plaire et la soif du pouvoir, des rapports sado-masochistes se nouent entre les hommes. Dans le décor dépouillé de ce couloir aux reflets glacés, les personnages trépignent, s’affrontent, renoncent et espèrent tout à la fois.
Bien évidemment, l’auteur a choisi cet extravagant concours d’architecture comme prétexte au théâtre des pulsions humaines. L’arrivisme prend des tournures sordides dans son combat aveugle pour une notoriété sans partage. Les 2 protagonistes attendent le succès, comme d’autres attendent l’amour. Mais ici, tout est poussé à son paroxysme. Avec la réussite professionnelle, l’amitié se confond avec le pouvoir et l’ambition se mêle au sexe. Ainsi, cette scène ébouriffante où l’on assiste dans une demi-pénombre à un ébat sexuel entre la fonctionnaire, -une vamp assoiffée de conquêtes masculines-, et l’architecte, dévoré par sa soif de célébrité. L’homosexualité du second architecte, partagée entre le conformisme d’un vie maritale bien rangée et le démon d’une relation aventureuse avec un jeune héritier, cynique et voluptueux, donne également lieu à une scène déconcertante.
Dans ce théâtre-là, il ne s’agit pas de juger ou de condamner. La morale n’est pas l’objet de la pièce. Il s’agit de scruter et de dépeindre la part d’ombre qui est en nous. Entre les dialogues tout en finesse, dont l’humour n’est jamais exclu et le jeu froid et distant de la mise en scène, le spectateur est un peu égaré. Il assiste impuissant aux affrontements tantôt passionnels, tantôt sans réponse des personnages, avec un sentiment d’étrangeté.
Certes, la complexité des caractères et l’ambiguïté des hommes, est le thème choisi par l’auteur pour dénoncer l’inanité de nos passions. Pour autant, on ressort dérouté de ce spectacle, l’esprit vague à force de chercher en vain un fil conducteur à cette histoire hirsute. En s’acheminant vers la terrasse d’un café dans l’attente d’une réponse, on hésite entre une bonne tisane et un grand whisky.

P.C



 
 
 
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