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Notre jour viendra

Sortie  le  15/09/2010  

De Romain Gavras avec Vincent Cassel, Olivier Barthelemy, Justine Lerody, Charlotte Decas et Rodolphe Blanchet


Patrick et Rémy n’ont ni peuple, ni pays, ni armée : ils sont roux. Ensemble, ils vont combattre le monde et sa morale, dans une quête hallucinée vers l’Irlande et la liberté.

Ah, vouloir faire du Bertrand Blier (on pense bien sûr aux Valseuses !), quelle idée judicieuse, aussi audacieuse que risquée, mais ce n’est pas donné à tout le monde ! Pari certes ambitieux mais pas gagné d’avance, à la vue de ce film décalé qui semblait partir dans l’absurde, le cynisme et le surnaturel les plus complets, et qui malheureusement s’essouffle rapidement passé les 20 premières minutes, par manque d’élan rythmé, de tenue narrative, de situations chocs, de dialogues cinglants et surtout à force de tourner un peu toujours en rond autour d’un genre irrationnel sans en appliquer les véritables règles bien définies à l’avance. Bref, une production qui se veut complexe mais qui en définitif n'est pas aboutie ou, si vous préférez, qui se cherche sans jamais réellement se trouver !
Voilà un road-movie initiatique désespéré qui s’annonçait pourtant délirant, voire même barré pour ne pas dire bien déjanté, avec 2 protagonistes désoeuvrés au caractère assez opposé, quelque peu déconnectés d’une certaine réalité, qui veulent vivre autre chose que leur petite existence de « merde », à la fois banale et ennuyeuse, dans le Nord de la France, et qui dérape dans une sorte d’impro totale où nos « héros » avancent de façon impromptue, un peu à l’aveuglette, guidé par un certain instinct de destruction.réciproque. C’est comme s’ils n’avaient plus rien à perdre, eux qui semblent être arrivé au bout du rouleau alors qu’ils sont encore plutôt jeunes, bien vivants et plus ou moins déterminés à le rester. Il faut remarquer que le décor froid et figé n’aide pas à espèrer mieux, à voir ces immenses raffineries crachées leur fumée, ces grues géantes inertes dans le port de Dunkerque, ces habitants stressés qui tirent la tronche, le tout avec des images glacées et une musique dramatique sur fond d’une certaine dépression, désolation et misère persistantes. D’ailleurs, cette région donne l’impression de sentir la fin et respirer la mort !
Et là-dessus défile tout un tas de personnages plus hétéroclites les uns que les autres, tour à tour ambigus et énigmatiques : une petite fille grosse bien silencieuse, un agent de sécurité albinos timide, un vendeur de voitures juif qui se la pête, un jeune black cool, 2 « poufs » style « cagoles », puis 2 étrangères aux seins nus aux mœurs légères, quelques arabes facilement irritables et plein d’autres tout aussi démunis et laissé pour contre que nos 2 protagonistes. Ces derniers, pourtant interprétés par de bons acteurs (Vincent Cassel – adepte de ce type de production trash (souvenez-vous de Dobermann, de La haine et de Sheitan !) - en psy dépressif et désenchanté, quelque peu pervers, très caustique, plutôt provocant et assez méprisant, voire même raciste, mentor dominant d’Olivier Barthelemy, jeune roux dominé, que personne ne respecte à la fois soumi et humilié, aussi introverti qu’illuminé), n’arrivent pas à décoller de leur étiquette de losers patentés et errants. Néanmoins, le premier va donner au second le pouvoir de décider et de faire ce qu’il veut (carte bleue en prime), au point que ce 2ème va dépasser petit à petit son maître, comme si l’un passait finalement le relais à l’autre.
Quel dommage, il y avait vraiment matière à aller plus loin dans le je-m’en-foutisme, la rage, le malsain et la folie, à passer le cap du bon ton et du raisonnable pour aller vers le grandiloquent, l’iconoclaste, l’irrévérencieux et l’abjecte à la Gaspard Noé (comme par exemple dans Seul contre tous) ! Que voulez-vous, le réalisateur Romain Gavras, cofondateur du collectif Kourtrajmé et auteur de clips pour le moins contreversés (pour Justice et M.I.A.), s’est inspiré dans son premier long métrage d’un drôle d’univers sans réussir à le métriser parfaitement, à garder une ligne de conduite soutenue, haletante, énigmatique et sulfureuse jusqu’à une certaine démesure. Qu’importe, on peut espérer que plus tard, pour lui aussi son « jour viendra »…..

C.LB



 
 
 
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