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Sacha le magnifique (jusqu'au 2 octobre)

le  01/07/2010   au théâtre de La Gaîté Montparnasse, 26 rue de la Gaîté 75014 Paris (du mardi au samedi à 21h30 et le dimanche à 15h)

Mise en scène de Francis Huster avec Francis Huster, Lisa Masker et Elio Di Tanna écrit par Francis Huster




C’est sur les planches du théâtre de la Gaîté que Francis Huster a choisi d’incarner Sacha Guitry, sous la forme d’une «causerie», style théâtral chère à l’auteur.
Il fallait bien du culot à Huster pour s'attaquer au maître de la sorte. Lyrique comme à son habitude, le comédien brosse un portrait à grands coups de pinceau amoureux. Il raconte sa vie irrésistible, ses passions, ses coups de gueule, son ascension foudroyante, ses triomphes inouïs, sa gloire de Paris à New York, cancre devenu Maître. Il évoque ses coups de sang, ses canulars, ses délires. Puis la guerre, l'ignominie, la prison, la chute, la déchéance, et pour finir son incroyable revanche et son apothéose.
Dans un style très original, tour à tour enjoué et rageur, Huster ne mâche pas ses mots et crie même sa colère contre tous ceux qui ont trahi Guitry. Au-delà de tableaux bouleversants - celui du père tyrannique et génial - ou captivants et cyniques - ceux de toutes ses femmes et maîtresses qu’il dépeint avec une gourmandise presque envieuse.
Quelle émotion ce type de narration produit-il à la fin ? On connaît les inclinations théâtrales de Francis Huster et son partis-pris pour les textes rafraîchis à l’aune de son audace. Comme Fabrice Luchini, il est féru de belles lettres et de planches ; comme Jacques Weber, il a l'amour du moi. Tour à tour, Guitry est comparé à Serge Gainsbourg, à Feydeau ou à Chaplin. La résurrection du maître se veut moderne et sans partage.
Pour augmenter la détonation de son verbe, Huster recourt à l’intervention d’un compère surgi du public –une jeune comédienne nommée Lisa Masker-, dont la complicité gouailleuse sert la démonstration. "Les bourgeois, les collabos, Pétain, on en a marre...", lance-t-il, afin de prévenir toutes les bêtises racontées sur Guitry. Avec une innocence feinte, la comédienne lui sert la soupe. Grâce à elle, Huster enfle son récit, comme pour mieux immerger le public dans une confidence amoureuse. On est dans le cabinet du psy et la porte est restée grande ouverte. Le ton devient fusionnel : « Sacha Guitry, c'est quand même 124 pièces, 41 films, 900 articles, 268 émissions radio ou télé, des tableaux... et 41 causeries où il ne racontait que des conneries ».
Après de grands auteurs comme Camus avec La peste, Marcel Aymé avec La traversée de Paris, Victor Hugo avec Waterloo ou Marcel Pagnol avec Marius, César et Fanny, Huster s’attache à la figure légendaire de Guitry, avec le désir à peine voilé de s’identifier au maître. Mais la tentative échoue au fil des minutes. La personnalité envahissante de Francis Huster, ce talent vrai mêlé de mégalomanie galopante finit par lasser. Dévoré par son personnage, le côté 'moâââ', est un piège dans lequel l’acteur finit par tomber. 2 heures de causerie, égrainées sur un rythme accéléré, truffées d’anecdotes sans grand relief, mais toujours annoncées comme des détails intimes dont le comédien serait l’unique dépositaire, font naître un sentiment éprouvant : celui de la langueur.
Cabot et égocentré, Francis Huster salue son public regardant les premiers rangs dans les yeux. Son beau regard de clone semble dire : « Dorénavant, il convient de m’appeler Francis Guitry. N’oubliez pas !». Au reste, en quittant le théâtre, j’ai contemplé une dernière fois l’affiche pour m’assurer de la distribution. Sacha Guitry…Sacha Guitry ?...Quel Sacha ? Ils ne savent donc pas écrire Francis ? -tant il est vrai que Francis n’a rien à voir avec Sacha.

P.C



 
 
 
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