en 
 
 
cinema
Musique concerts festival actu   > sorties <

 
 

Cheikh Lô : Jamm

le  26/08/2010   chez World Circuit/Harmonia Mundi





On pensait qu’il n’y avait qu’un seul chanteur sénégalais, Youssou N’Dour, capable de posséder une telle voix, aussi mélodieuse que puissante, aussi harmonieuse qu’envoûtante. Il faut se rendre à l’évidence : un autre artiste et confrère du même pays nommé Cheikh Lô semble bien partie pour lui ravir quelques places, du moins lui faire un peu d’ombre, tant son timbre vocal rayonnant, à la fois sensuel et voilé, nous fait irrémédiablement penser à son illustre prédécesseur, celui-là même qui lui avait produit son tout premier album, Ne la thiass, en 1996.
En effet, comment ne pas reconnaître, au détour de certaines ballades traditionnelles, typiquement africaines (notamment d’Afrique Centrale), l’influence de son célèbre aîné, autant d’ailleurs dans le chant que dans le phrasé si particilier, que ce soit sur le cadencé Conia aux percussions bien relevées et interprété en jula (dialecte mandingue) ; le mélancolique Sankara plein de douceur (en hommage au président disparu) ; ou bien encore le chaloupé Dieuf dieul à la guitare acoustique bien en avant ! Mais loin de nous proposer uniquement que des chansons d’origine africaines, Cheikh Lô s’aventure également dans des ambiances plus colorées et plus éclectiques, comme le flamenco espagnol (le prenant Il n’est jamais trop tard, au joli touché de guitare surf et chanté en français), la salsa cubaine (le déhanchant Seyni chanté lui en espagnol), et même le funk (le profond Jamm cette fois en wolof avec la présence du fameux saxophoniste Pee Wee Ellis), le tout sur fond d’instruments, d’orchestrations et d’arrangements en provenance de son pays d’origine, le Burkina Faso.
Avec un subtil mélange métissé de 4 langues et de rythmes aussi divers que variés, tels que le mbalax (son instrument de prédilection), l’afrobeat, la rumba congolaise, le highlife, le reggae et le swing afro-cubain, il nous ballade agréablement à travers 10 titres dans un tourbillon et un brassage de sonorités toutes en finesse, tour à tour délicates (Folly cagni, genre comptine avec des choeurs), sautillantes (Ne parti pas, un peu Caraïbes), percutantes (Bourama au style afrobeat avec la participation du grand batteur Tony Allen qui a co-écrit cette chanson), voire dansantes (Warico, reprise d’un succès de chez lui).
Cheikh Lô a fait du chemin depuis le temps où il était le chanteur et percussionniste dans des groupes locaux de musique afro-cubaine au Burkina Faso. Cette époque-là étant révolue, il vole dorénavant de ses propres ailes avec plusieurs albums solo derrière lui, plus des concerts autant en Europe qu’aux Etats-Unis. Raison de plus pour découvrir au plus tôt ce grand franc-tireur d’Afrique aux dreadlocks qui chante la plénitude, la jalousie, l’émigration, la démocratie, la corruption, le matérialisme et la paix dans le monde !

C.LB



 
 
 
                                                      cinema - theatre - musique