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Mammuth
Sortie
le 21/04/2010
De Benoît Délépine et Gustave Kervern avec Gérard Depardieu, Isabelle Adjani, Yolande Moreau, Miss Ming, Philippe Nahon, Bouli Lanners et Anna Mouglalis
Serge Pilardosse vient d’avoir 60 ans. Il travaille depuis l’âge de 16 ans, jamais au chômage, jamais malade. Mais l’heure de la retraite à sonné, et c’est la désillusion : il lui manque des points, certains employeurs ayant oublié de le déclarer ! Poussé par Catherine, sa femme, il enfourche sa vieille moto des années 70, une « Mammut » qui lui vaut son surnom, et part à la recherche de ses bulletins de salaires. Durant son périple, il retrouve son passé et sa quête de documents administratifs devient bientôt accessoire…
L’étonnement est à son comble, voire à son paroxysme : pensez donc, un casting d’enfer (les prestigieux Gérard Depardieu et Isabelle Adjani, couple mythique du cinéma, qui n’avaient pas tourné ensemble depuis plus de 20 ans, au moins depuis Camille Claudel, plus Benoît Poelvoorde, Anna Mouglalis, Bouli Lanners,..), 2 réalisateurs à la réputation pour le moins sulfureuse (le tandem Benoît Délépine/Gustave Kervern, déjà responsables de Louise-Michel, Avida et Aaltra), et une histoire encore bien ancrée dans la réalité sociale et aux couleurs particulièrement saturées (à nouveau un road-movie désabusé dans le même esprit que le précédent, où le -anti-héros principal, cette fois un découpeur de barbaques usé et épais à la retraite, comprend sa vie à rebours, le tout sur fond d’images « sales » mais voulues – de la pellicule 8 mm) ! Bref, tout est prétexte ici à pousser notre curiosité un peu plus loin et, surtout, à être soit dubitatif, soit admiratif devant le résultat final. Car Ovni scénaristique, il y a, et Ovni cinématographique, il l’est ! Quand vous voyez Gérard Depardieu, « énorme » au sens propre comme au sens figuré, les cheveux gras et longs quelque peu frisés et l’air complètement abruti si ce n’est ailleurs, se faire insulter et traiter de con, on ne peut qu’être surpris. Mais lorsqu’il se masturbe à 2 (avec une vieille connaissance, un parent éloigné masculin), là on est en droit de se poser des questions sur ce qui a vraiment décidé Mr. Depardieu à choisir de jouer dans cette production plutôt qu’une autre. Un hommage à son père qui était, semble-t-il, illétré, sans doute même analphabète à ce qu’il prétend ! Au moins, une chose est sûre, c’est que ça marque les esprits, d’autant qu’il n’est pas tout seul à interpréter des personnages aussi décalés que surréalistes, que ce soit l’hallucinante Isabelle Adjani en fantôme, le regard fixe (un peu celui d’une folle), qui vient hanter furtivement l’esprit de son ex-petit ami (si, si !) ; le génial Benoît Poelvoorde en chercheur de métaux légèrement tête à claques ; l’impayable Yolande Moreau en épouse rouspéteuse à souhait ; l’excellente Anna Mouglalis en voleuse exhibitionniste ; le barge Bouli Lanners en recruteur un tant soit peu obsédé ; et l’incroyable Miss Ming en filleul totalement dégénéré. Ils ont beau venir faire une courte apparition les uns après les autres, ses « passants » n’en sont pas moins chacun à sa façon mémorables, tout comme les scènes dans lesquelles on les voit apparaître et qui jalonnent ce voyage pour le moins « initiatique » : entre le pot de départ et la piscine dans la mer, en passant par l’altercation au rayon charcuterie d’un supermarché et la partie de « crottes » dans un minigolf la nuit, ce ne sont que situations impossibles et moments croustillants, tour à tour jubilatoires et hilarants. Et les lieux de tournage ne sont pas en reste, pour la plupart incongrus (un cimetière avec un vieil copain croque-mort) ou insolites (l’engueulade dans une église, un jardin truffé de poupées désarticulées). En résumé, vous allez assister à une espèce de trip en moto assez anachronique, autant bucolique (à travers la campagne) que nostalgique (il passe par tous les endroits où il a bossé), dans une comédie satirique à la fois intimiste, émouvante et tendre, qui tient vraiment la route (c’est le cas de le dire !), avec certes peu de dialogues mais qui font mouche à tous les coups, sans oublier la prestation d’un Gérard Depardieu rarement vu aussi désoeuvré que cela à l’écran, à contre-courant total de ses prestations antérieures. Un Ovni qu’on vout dit !
C.LB
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