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Ames en stock

Sortie  le  05/05/2010  

De Sophie Barthes avec Paul Giamatti, Emily Watson, David Strathairn, Dina Korzun, Katheryn Winnick et Lauren Ambrose


Paul Giamatti, célèbre acteur américain, est en pleine crise existentielle. Il se cherche, peinant même à trouver le ton juste lors des répétitions de sa prochaine pièce, « Oncle Vania » de Tchekhov.
Il entend alors parler de la « Banque des Ames », laboratoire privé proposant un service des plus intrigants : soulager les patients de leur âme. Leur retirer leur âme, tout simplement, et pourquoi pas la remplacer par une de celles disponibles dans leur catalogue !
Séduit, il décide donc de procéder à l’ablation de son âme. S’en suivent des réactions en chaîne dont il n’imaginait pas l’ampleur...


Impossible de ne pas voir derrière cette comédie quelque peu déjantée planer l’ombre et l’univers du film de Spike Jonze, Dans la peau de John Malkovich, tant les ressemblances sont ici assez troublantes et frappantes !
L’acteur principal porte son propre nom dans le film et joue son propre rôle comme dans ce dernier, le fameux Paul Giamatti - vu dans Man on the moon, Duos d’un jour, Storytelling, American splendor, Sideways, De l’ombre à la lumière, La jeune fille et l’eau - ; le scénario est tout aussi barré que le précédent, écrit par Charlie Kaufman, ainsi d’ailleurs que celui d’Eternal sunshine of the spotless mind de Michel Gondry qui est dans le même esprit, où le héros fait effacer de sa mémoire toute trace d’un amour – cette fois, le protagoniste principal en pleine dépression a « perdu » son âme « en peine » qui lui pesait trop et qu’il s’est faite extraire (dans une sorte d’appareil proche d’un IRM mais complètement hermétique) afin de la stocker en attendant meilleur hospice, et se retrouve avec un autre lui-même, avec l’âme louée mais tourmentée d’un poète russe dans son propre corps - ; et les situations comme les dialogues semblent aberrants et particulièrement loufoques, voire comiques et même croustillants (surtout les scénes de répétition pour le moins outrées de la pièce Oncle Vania) tel qu’on avait déjà pu le constater dans le célèbre film de Spike Jonze, les effets visuels en moins.
Il suffit pour cela de voir apparaître l’acteur principal cité ci-dessus pour comprendre rapidement que ses angoisses, déprimes et névroses à l’écran, ne sont pas très loin de celles que nous proposait en son temps Woody Allen au cinéma. Si l’allure est légèrement différente, plus trapu et rondouillard que son illustre aîné, le résultat est quant à lui très proche de son incontournable confrère, les mimiques comme les regards pathétiques d’ailleurs. Ses yeux roulant des billes et ses expressions de désespoir sont autant des moments de franche drôlerie que celles de Woody Allen parlant de ses désarrois profonds, appréhensions multiples et autres phobies latentes. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien s’il a fait tourner Paul Giamatti dans quelques-unes de ses réalisations (Maudite aphrodite, Harry dans tous ses états). C’est bien le cas de le dire, tant son état à lui est mis à dure épreuve par cette greffe d’âme qui ne prend pas et la sienne, de la taille d’un pois chiche, qui a été malencontreusement « égarée » ou plutôt « volée » par une mule à la solde de trafiquants d’âmes russes, prêts à les vendre sur les 2 continents, européen et américain.
Bref, vous l’aurez vite compris, tout ici est prétexte à vivre une expérience « existentielle » incroyable pour ne pas dire invraisemblable chez des personnages désemparés, le tout avec un ton satirique et dans un contexte tout à fait réel et bien réaliste. Le script a beau paraître un peu tordu, il n’en est pas moins astucieux et bien porté par des comédiens vraiment crédibles, à la fois humains et attachants (notamment Dina Korzun en passeuse d’âmes, aperçue dans Les silencieuses et Transit palace) qui donnent chacun « corps » et « âme », pardon, vie à cette étude psychologique et fantasmagorique plutôt originale. C’est que la vie sans âme a ses spécificités bien particulières qu’il faut gérer au mieux en attendant que ça se passe, qu’il faut du moins conditionner en espérant des jours meilleurs.
En résumé, voilà le genre de film hors normes mais fort réussi qu’on aimerait voir plus souvent, aussi intelligent que complexe, aussi brillant qu’imaginatif, aussi passionnant qu’insolite !

C.LB



 
 
 
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