| |
David McAlmont et Michael Nyman : The glare
le 24/05/2010
chez
MN records/Codaex
On a plutôt l’habitude de connaître le célèbre compositeur de musiques de films Michael Nyman pour sa belle contribution dans le cinéma et notamment pour avoir signé entre autre les musiques de Monsieur Hire (1988), Le mari de la coiffeuse (1990), La leçon de piano (1993) et Bienvenue à Gattaca (1995). Mais le cinéma a surtout découvert ce pianiste, diplômé en histoire de la musique et professeur de musique rompu à l’art de la critique musical avec les meilleures réalisations du célèbre anglais Peter Greenaway (Meurtre dans un jardin anglais en 1983, Zoo en 1985, Le cuisinier, le voleur, sa femme et son amant en 1989, et Prospero’s book en 1991). Dans le cas qui nous intéresse ici, Michael Nyman, adepte du courant minimaliste anglo-saxon, semble apparemment à la recherche d’une nouvelle tonalité musicale, d’ailleurs comme l’ont faits d’autres maîtres de la nouvelle musique qui mélangent modernité et tradition tels que les compositeurs Philip Glass, Steve Reich, Terry Riley ou encore John Adams. Comme eux, Michael Nyman s’est également amusé à jouer à fond sur les ambiguïtés de la musique répétitive entre savant et populaire. Nous n’aurez donc pas le droit d’entendre une toute nouvelle BO mais plutôt la chance d’écouter une de ses œuvres intimes comme il aime de temps en temps en faire, cette fois-ci une sorte de mariage subtil entre la musique non pas expérimentale occidentale avec celle traditionnelle indienne comme il l’avait fait précédemment avec U.Shrinvas et Rajan & Sajan Misra sur le disque Sangam en 2003, mais plutôt de la pop/soul genre funk symphonique avec le chanteur David McAlmont, ce qui est assez surprenant venant de sa part ! Et le résultat est plutôt réussi, certes quelque peu redondant (surtout l’instrumental Songs for Tony qui dure plus de 12 minutes et qui agaçe autant qu’il casse nos oreilles en fin de compte !), où il alterne chronologiquement des titres rapides et lents sur fond d’un rythme ambiant très reconnaissable et d’une orchestration violoneuse bien hypnotique, mais un bel excercice de style où la voix prime et fait merveille. Il faut préciser que celle de David, qui a déjà sorti quelques albums chez EMI depuis 1995 et qui a de remarquables capacités vocales couvrant plusieurs octaves, est particulièrement aigue, voire même aussi haut perchée et dans le même registre sensuel que celle de Philip Bailey, ex-chanteur d’Earth, Wind & Fire. On peut se rendre compte entre autres sur le précipité Take the money and run, le saccadé City of Turin, le soutenu In rai Don Giovanni, le sautillant Going to America, le rapide A great day in Kathmandu, et l’épuré The glare au piano seul et presque interprété a cappella. Le reste est tout aussi mélodieux qu’harmonieux, que ce soit le mélancolique Secrets, accusations and charges ; le sensible Friendly fire ; le posé In Laos ; le calme Fever sticks and bones ; et l’impérial Underneath the hessian bags. Ne vous attendez tout de même pas à quelque chose de vraiment moderne, à des remixes du 21ème siècle sur des rythmes syncopés et des mélodies lancinantes ou langoureuses toujours en décalage ! Michael Nyman est plus déconcertant que cela puisqu’il nous ballade gentiment et le plus sérieusement du monde avec 12 titres sur lesquels il fait danser astucieusement et subtilement une culture qui n’est pas habituellement la sienne. Néanmoins, après écoute, on y décèle autant de différences que de similitudes, ce qui prouve bien l’étonnante recherche et la force inouïe de Michael Nyman à transcender les styles nouveaux et les genres improbables. Voilà de quoi nous transporter musicalement dans une nouvelle atmosphère, moins suffocante et angoissante, et plus engageante et chaloupée que celle de ses BO énigmatiques !
C.LB
|