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Jacques Higelin : Coup de foudre
le 22/02/2010
chez
Capitol/EMI
Si vous aimez la vraie, la belle et la grande chanson française, vous ne pouvez en aucun cas passer à côté de Jacques Higelin, ce serait faire un affront à l’un des derniers grands compositeurs/interprètes français vivants ! Si le multi générationnel Serge Gainsbourg fait partie de votre univers musical alors, indéniablement, Higelin doit également et sans hésiter avoir sa place dans vos références discographiques. Impossible d’oublier ce grand escogriffe longiligne au phrasé si caractéristique, au visage de papier mâché creusé par le temps, à la tignasse hirsute comme si elle n’était jamais peignée et aux yeux fous mais au regard si expressif ! Même s’il n’a pas la même notoriété que le fameux « Gainsbarre » et autres consorts pour la plupart trépassés, il possède ce talent rare et ce charisme évident qui font les artistes ayant marqué le 20ème siècle (et le 21ème !) de leur empreinte musicale indélébile. Higelin, c’est l’ultime auteur un tant soit peu allumé, entre poète troubadour et musicien inspiré, qui rallie presque tous les suffrages, de ceux qui aiment le rock sophistiqué comme la ballade très variété, les beaux textes comme les arrangements nuancés, les assonances comme les allitérations. Bref, Higelin c’est un peu tout cela et encore plus ! Ne pas avoir eu de sa part de nouveaux enregistrements studio pendant 8 ans (on ne compte pas sa parenthèse sur Trenet !), sauf avec Amor doloroso sorti en 2006, n’a fait qu’accroître la curiosité qui sommeillait en chacun de nous depuis longtemps. Pouvoir enfin découvrir ses nouvelles compositions, toutes inédites (à part Aujourd’hui la crise, un titre très d’actualité qui est la reprise de l’un de ses tubes dans une toute nouvelle version !), ne peut que nous rassurer sur la bonne santé (physique et mentale) de l’homme et le devenir artistique de cet illustre saltimbanque. Pas moyen d’être déçu à l’écoute de ses 12 morceaux (dont un instrumental mélancolique, Expo photos, au piano et à la trompette), assez éclectiques les uns comme les autres. On y trouve de tout, notamment des ballades mi-tempo qui oscillent entre arrangements classiques subtils (Coup de foudre, qui va crescendo), sautillants (Bye bye bye très folk/country au banjo), parfois spéciaux (J’ai jamais su, qui dérape nonchalamment dans des effets de synthé comme des riffs de guitares) pour ne pas dire expérimentaux (Output, à l’instrumentation acérée), ambiance rock ébouriffé (Hôtel Terminus, particulièrement speedé, tout comme la voix un peu trop poussée d’ailleurs !), quoique déjanté (Qu’est-ce qui se passe ?, dans le genre syncopé bien déglingué), et enfin atmosphère délicatement légère et douce (Egéries muses et modèles, dans un esprit vibrant et planant), voire un tant soit peu bastringue genre fanfare (Kyrie Eleison, style marche lourde et quelque peu morbide), à la Tom Waits (Valse MF, valsant comme son titre l’indique !), ou bien alors tout simplement jazzique (New Orléans, au piano). Si nous nous mettons à comparer cette dernière œuvre avec ses précédentes (sauf peut-être la dernière), il est vrai que la qualité est fort différente par rapport aux autres. Comment Higelin peut-il véritablement se démarquer vis-à-vis de la concurrence qui règne aujourd’hui dans un marché sinistré ? Peut-on dire qu’il est toujours en avance sur son temps ou qu’il ressasse ses éternels complaintes et diverses élucubrations ? A ces grandes questions, la seule réponse est tout simplement d’écouter Coup de foudre et vous comprendrez que l’homme n’a pas beaucoup changé, certes un peu plus sobre qu’auparavant, quelque peu assagi par les années qui passent et beaucoup moins exalté que jadis, sans doute par les vocalises qui sont devenues un peu plus rauques. Néanmoins, il est resté toujours aussi fougueux, aussi tonique et aussi illuminé, dans son écriture et son interprétation, avec le petit grain de folie en plus, sa marque de fabrique. On le reconnaît entre mille, à sa manière très personnelle de poser sa voix, à sa tessiture si reconnaissable entre toutes, à ses jeux de mots astucieux, si fantaisistes et si nuancés, et à ses intonations vocales qui passent de l’emportement au chuchotement. Il vit à chaque fois ce qu’il nous chante ou nous susurre, d’une façon si prenante, si flamboyante, si passionnée et si exaltée. Quand aux arrangements, ils sont d’une structure comparable à celle d’une architecture ciselée, pleine de références sans jamais copier autrui, d’une classe folle mais souvent déstructurée, avec une instrumentation tour à tour chargée et épurée, fournie et simple, complexe et évidente (bravo entre autre à Rodolphe Burger, guitariste et chanteur de l’ex-groupe Kat Onoma, collaborateur d’Alain Bashung et grand maître d’œuvre ici même avec le réalisateur Dominique Mahut – déjà présent sur Amor doloroso - et le mixeur Ian Caple !). Vous seriez surpris d’apprendre que l’histoire peut se répéter mais jamais 2 fois de la même manière, à en juger par l’excellent résultat de cet opus envoûtant ! Sachez donc l’apprécier à sa juste valeur, à la fois unique et authentique, aussi majestueux qu’harmonieux, qui ravira les fans de la première heure comme les amateurs de la dernière ! Pour les inconditionnels comme pour les curieux, Higelin sera à La Cigale à partir du 9 mars, qu’on se le dise….
C.LB
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