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Renversante (jusqu’au 15 décembre)

le  27/10/2026   au théâtre des Mathurins, 36 rue des Mathurins 75008 Paris (mardi à 15h30 et à 19h)

Mise en scène de Léna Bréban avec Léna Bréban (en alternance avec Julie Roux), Pierre Lefebvre (en alternance avec Antoine Prud’homme de la Boussinière) et Étienne Durot écrit par Florence Hinckel




« Depuis la nuit des temps, ce sont les hommes qui s’occupent des enfants » ; « un homme présidente de la République, ce serait bizarre » ; « vous les filles, vous prenez toute la place avec le foot ». Léna et Pierre sont frère et sœur, quasi jumelles, et il leur arrive de se chamailler ; toutes de roses vêtues parce le « bleu, c’est moche », elles vivent dans un monde où le féminin l’a naturellement toujours emporté sur le masculin. Parce que c’est comme ça. Et, naturellement, dans la vie professionnelle comme dans la grammaire, c’est le féminin qui l’emporte
Vous avez sûrement déjà tiqué à plusieurs reprises en lisant ces premières lignes, plus qu’étonnées devant la surabondance globalisante du féminin. Léna, Léna Bréban donc, comédienne et metteuse en scène qui semble mener la danse, a, quant à elle fait plus que réagir en 2012 devant la liste des nominés de Cannes : 22 hommes et aucune femme. Raison invoquée : Thierry Frémaux, qui organise la compétition, n’a pas trouvé de film de femmes digne de figurer dans la liste. Parce qu’il fallait faire quelque chose, elle a trouvé un bref texte signé Florence Hinckel intitulé « Renversante » et a décidé de l’adapter.
Ca commence par des pubs offrant la situation renversée d’hommes à moitié dénudés vantant les qualités d’une voiture, ou depuis leur domicile présentant des détergents, et ça continue par une série de situations dans lesquelles le féminin a le pouvoir, tout le pouvoir. On sourit, et on ne cessera de sourire devant ces inversions de situations où le corps de l’homme en short est parfois offert au regard lubrique des femmes qui le sifflent. On sourit et, peu à peu la transposition provoque la prise de conscience que quelque chose ne tourne définitivement pas rond dans ce monde-là, et donc dans le nôtre où la masculinité écrase le féminin.
Les deux comédiens (Léna Bréban et Pierre Lefebvre, particulièrement bondissant) sont épatants de dynamisme et leur changement d’identité (tantôt les enfants, tantôt leurs parents) sont fluides et font sourire les jeunes spectateurs présents en cet après-midi de vacances. Il faut bien admettre qu’ils ne laissent pas indifférents les adultes non plus. C’est parfois un peu caricatural et simplificateur certes mais terriblement efficace. Le spectacle, conçu à la base pour être présenté devant des lycéens et des collégiens, ne se conçoit en effet pas sans une discussion destinée à mettre les jeunes spectateurs et spectatrices au clair avec l’organisation de la société.
Et quand Léna Bréban raconte à l’assemblée les propos machistes ou mysogines émergeants de certaines interventions devant un public scolaire, on se dit qu’il y a décidément encore beaucoup de chemin à parcourir pour que la jeune génération intègre enfin l’égalité des sexes. C’est la première fois que ce spectacle est présenté à au grand public et il y a toute sa place. Emmenez-y vos enfants, neveux et petits cousins et allez-y entre adultes, vous éprouverez cette étrange sensation d’un subtil décalage et, si vous êtes un homme, vous aurez sûrement le sentiment de vivre un épisode de « vis ma vie ».

Eric Dotter



 
 
 
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