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Les oubliées de Londres (jusqu’au 30 décembre)

le  16/09/2026   au Palais des Glaces, 37 rue du faubourg du Temple 75010 Paris (mardi et mercredi à 19h)

Mise en scène de Alexandra Bialy avec Dorothée Moreau, Benjamin Alazraki, Fabienne Tendille, Antoine Bordes, Alexandra Bialy et Léo Grêlé écrit par Alexandra Bialy




Si tout le monde se souvient du prénom de l’éventreur de Londres, qui se souvient de ceux de ses victimes ? Si les journaux londoniens de l’année 1888 étaient remplis du prénom de Jack, le sinistre meurtrier, les prénoms de Mary Ann, Annie, Elizabeth, Catherine et Mary Jane ne figuraient nulle part. C’est sur ce postulat qu’Alexandre Bialy, autrice et metteuse en scène, a bâti « Les oubliées de Londres » qu’elle a écrit et mis en scène. Tout commence par une sorte de ballet chorégraphiant habilement la frénésie londonienne : des passants et passantes qui se bousculent. Mais bientôt, la foule se fige et un cri retentit : un meurtre a eu lieu ! Voilà qui devrait mobiliser Scotland Yard dans son entier, d’autant plus que les meurtres vont se répéter. Et pourtant, pas de réaction ou presque de la part du commissaire : « C’est une femme ? Je croyais que c’était important ?» dit-il sans ironie. « La victime était de plus une prostituée ? Sûrement un désaccord un peu musclé », conclut hâtivement le policier.
Du côté des prostituées, c’est un mélange de peur et de résignation « Ca se tassera pas, ça a toujours été comme ça », constate l’une d’elle désabusée. Ce à quoi sa collègue rétorque : « j’en ai marre d’avoir toujours peur ». Tout pourrait ainsi couler tranquillement et éviter de déranger le commissaire en charge de l’enquête, plus préoccupé de sa tranquillité que de celle de sa ville. Mais voilà, les journaux s’emparent de l’affaire et voici le commissaire convoqué chez la Reine Victoria, ce qui donne lieu à une scène hilarante et accélèrera le train de l’enquête.
L’histoire de « Jack the ripper » (Jack l’éventreur) a donné lieu à de nombreuses adaptations sur fond de fog, le fameux brouillard londonien, et d’atmosphère anxiogène du Londres des années 1880. Alexandra Bialy adopte délibérément le parti des victimes en leur donnant existence et substance. L’une est alcoolique, une autre tente d’apercevoir ses enfants mis en pension. Parce que ce sont des femmes, et qu’elles sont mises au ban de la société en tant que prostituées, elles sont tout en bas de l’échelle de l’oppression. Dans un spectacle très rythmé et souvent chorégraphié avec talent, Alexandra Bialy laisse à peine au spectateur le temps de souffler entre deux scènes : les changements de costume et de décor se font au pas de course et chaque séquence est conçue pour être efficace au plus vite.
De très bonnes idées, impressionnantes ou hilarantes ponctuent le récit ; on a mentionné plus haut la Reine Victoria mais on pourrait évoquer le saisissant cauchemar qui s’empare de l’une des prostituées. Malgré tout, entre comédie dramatique et comédie tout court, c’est la valse-hésitation et le tout manque un peu d’unité. Les comédiens ne jouent pas tous la même partition et parfois l’ennui survient. Il n’en reste pas moins que « Les oubliées de Londres » est un spectacle agréable à regarder, joué avec talent, et réglé avec minutie. L’enthousiasme des nombreux spectateurs présents le soir de notre venue en atteste.

Eric Dotter



 
 
 
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