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Michelle, doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz ? (Jusqu'au 21 juillet)

le  21/07/2026   au théâtre de l’Oulle - la Factory, 19 Pl. Crillon, 84000 Avignon (à 15h40)

Mise en scène de Franck Régnier avec Mathilde Cerf, Guillemette Crémèse, Sabrine Ben Njima, Léonce Pruvost, Anthony Candellier, Elise Dano, Cédric Saulnier et Franck Regnier écrit par Sylvain Levey




Michelle est une ado presque comme tous les autres, élevée par sa mère seule après le décès de son père. Elle mène une vie sans histoires, rythmée par le pesant emploi du temps du lycée et la légèreté des tweets, snaps, whatsapp et Insta envoyés et relayés à l’infini. Sa bande de « potes » - Kim, Selim, Angel et Abel - sont comme une prolongation de sa famille nucléaire, et du lever jusqu’au coucher, voire après, les « ding » et « bip » des notifications peuplent son univers sonore.
C’est donc en rond, regard penché vers les écrans bleus verts ou rouges que la bande a coutume de se retrouver pour rire et chahuter. En filigrane, les adultes occupent une place réduite : une mère, un prof et une prof. Alors, parce que c’est au programme, toute la bande part pour découvrir le lieu d’une des pires atrocités commises par l’Homme. Auschwitz est la destination. Et si le car est le lieu du chahut habituel, encore renforcé par la promiscuité et la durée du voyage, à l’arrivée, les visages sont graves. Les jeunes esprits, pour un temps silencieux, sont frappés par l’horreur de la salle des reliques, par cet amas de valises, et d’effets abandonnés au seuil du camp de la mort.
Mais parce que les ados restent des ados, l’hyper-communication reprend le dessus et chacun twitte et retwitte à tout va, y compris Michelle qui, vêtue de son plus beau sweat rose, se photographie dans Auschwitz. Mal lui en prend : elle vient ici de déclencher ce que le net abrite de pire : le tribunal médiatique la condamne bientôt et, relayé à l’infini, le message qu’elle pensait anodin la voue aux gémonies et aux menaces mondiales. C’en est trop pour la jeune fille qui va se couper du monde. On ne révélera pas ici la suite du spectacle.
C’est une troupe d’adolescents forts convaincants qu’interprètent les 5 jeunes comédiens. A leur côté, les adultes semblent parfois trop graves, imposant un jeu un peu pesant. Certes la gravité est de circonstance lorsqu’il s’agit du récit de rescapés des camps de la mort mais l’on regrette lors de ces brefs moments le manque de nuances du jeu. Il n’en reste pas moins que « Michelle doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz ? » est un spectacle de qualité, sans aucun manichéisme mais qui prend à bras le corps la dépendance des ados aux réseaux sociaux, ouverture sur le monde certes, mais exposition à tous les dangers. Trainez-y vos ados, et s’ils ne veulent pas vous y accompagner, allez-y sans eux !

Eric Dotter



 
 
 
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