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Sept minutes (comité d'usine) - jusqu’au 28 juin

le  12/06/2026   au théâtre de l'épée de bois, à la cartoucherie, route du champ de manœuvre 75012 Paris (du jeudi au samedi à 21h et dimanche à 16h30)

Mise en scène de Olivier Mellor avec Marie Laure Boggio, Delphine Chatelin, Marie-Béatrice Dardenne, Valérie Decobert, Karine Dedeurwaerder, Aurélie Longuein, Valérie Loquet, Sophie Matel, Elsie Mencaraglia, Emmanuelle Monteil, Fanny Soler, François Decayeux, Séverin Toskano Jeanniard, Olivi écrit par Stefano Massini




C’est un texte court, nerveux, mettant en scène onze femmes, toutes employées chez Picard & Roche, une pièce mettant en scène une lutte ouvrière féminine, et il y n’y en a pas beaucoup…Les voici donc ces onze femmes, membres du comité d’usine (l’équivalent du CSE) ou plutôt dix. Attendant que l’une d’entre elles, Blanche, revienne d’une interminable réunion avec la direction, les cravates comme elles les appellent. Près de trois heures qu’elles battent la semelle, attendant, angoissées du sort que vont leur réserver les nouveaux acquéreurs de cette entreprise de confection qui se porte pourtant bien. Alors pour combler l’ennui, on se charrie un peu, entre ouvrières et employées, entre anciennes et nouvelles, entre jeunes et vieilles.
Mais voici que Blanche revient de son marathon avec une nouvelle, et une forme d’ultimatum : les onze doivent décider pour l’usine entière (deux-cents femmes) si elles consentent à voir leur pause amputée de sept minutes, passant ainsi de quinze à huit minutes. Elles ne disposeront que d’une heure pour se décider. Quasiment en temps réel, voici la réflexion en action. Les camps se dessinent ainsi : entre les sceptiques, les décidées, les méfiantes. Point commun à toutes celles qui doivent se décider pour ou contre cette étrange proposition lancée de manière apparemment anodine : la trouille au ventre, celle de perdre cet emploi, dur et mal payé certes, mais en CDI, à un moment où ferment les usines.
Elles sont presque perdues sous l’immense espace ouvert de la scène du théâtre de Pierre de l’Epée de bois. Leur espace de jeu est circonscrit par un rond de projecteurs et là-bas, derrière les cartons qui figurent le fond de scène, quatre musiciens invisibles jouent une bande son un peu tonitruante. Sous les néons, les mouvements des comédiennes se répètent un peu : une intervention - souvent brève - et l’on reprend sa place. La voix se perd un peu dans la grande nef du théâtre, surtout quand les quatre instrumentistes donnent de la leur. On doit ainsi parfois tendre l’oreille pour saisir le propos. On se demande d’ailleurs quel est l’apport de cette bande son souvent trop forte et quasiment toujours en contrepoint du texte.
De même manière, on pourra juger quelque peu inutile et grandiloquent l’effet final - que l’on ne révélera pas ici - mais qui vient couronner une fin ouverte. Le texte de « sept minutes », signé Stefano Massini, est un texte choral, laissant finalement peu de place au développement de la psychologie des onze protagonistes. Tout au plus peut-on attraper au vol quelques détails d’une vie ou d’une souffrance, et faire son choix parmi les personnalités les plus attachantes.
Sans négliger le talent de toutes les autres, on nous permettra ici de relever particulièrement celui de Karine Dedeurwaerder, qui joue Blanche, la porte-parole. Malgré le parti-pris de mise en scène qui choisit de la vieillir exagérément, elle s’impose en chef de file parfois autoritaire de cette bande qui ne fait pas toujours groupe. On a aussi aimé Valérie Decobert, rebelle Arielle, résistant contre le pessimisme ressenti de Blanche. Et enfin, malgré la rareté de ses interventions, on a apprécié les interventions d’Emmanuelle Monteil, qui interprète Mahtab de sa voix tout à fait particulière.
On l’a écrit plus haut, les pièces mettant en scène les luttes ouvrières sont rares, et celles qui mettent en scène des femmes en lutte, encore plus. Alors, si le thème vous intéresse et si vous voulez défendre le théâtre de troupe, vous prendrez la direction de l’épée de bois, dans la Cartoucherie de Vincennes.

Eric Dotter



 
 
 
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