| |
Dans l’ombre de Jorge Donn
le 08/06/2026
au
théâtre Saint-Georges, 51 rue Saint-Georges 75009 Paris (à 20h)
Mise en scène de Aliocha Itovich et Elodie Menant avec Vanessa Cailhol, Hélène Degy et Aliocha Itovich écrit par Aliocha Itovich et Elodie Menant
Si vous êtes amateur des films de Lelouch, vous vous souvenez peut-être dans Les uns et les autres de ce danseur si mince, à la coiffure léonine, et dansant sur le boléro en incarnant une sorte d’avatar de Rudolf Noureev. Il s’appelait Jorge Donn et, débarquant de son Argentine natale, il devint à partir de 1963 l’une des figures emblématiques du ballet du XXème siècle, la troupe de Maurice Béjart. Il est décédé en 1992, à l’âge de 45 ans. Par la grâce de son neveu Aliocha Itovitch, le danseur argentino-russe revit en ce moment l’espace d’un spectacle. Et pour faire renaître son oncle, quoi de mieux que de jouer le rôle de son neveu... C’est sûrement ce que s’est dit Aliocha Itovitch en opérant un minuscule glissement, troquant son prénom contre celui de Daniel. Voici donc le personnage de Daniel. Daniel est en couple, sans vague ni passion : il fait des petits boulots, peintre en bâtiment à ses heures... ou rien. Mais peu à peu, une envie le ronge, la danse. Une simple photo de son oncle dans un cadre, puis des apparitions, une sorte de fantôme du danseur réincarné, tout le mène à la nécessité du mouvement, tout est prétexte pour lui à un élan chorégraphié : lorsqu’il manie le rouleau en peignant, lorsqu’il enfile sa combinaison de travail. Alors, lorsque la lumineuse Anna apparaît, lui proposant un spectacle hommage à son oncle, destiné à recueillir des fonds pour son association, Daniel se laisse tenter. Et ce d’autant plus qu’Anna, danseuse, propose de le guider. Après trente minutes de très longues scènes de mise en situation, où les projections d’images de Jorge Donn sont engluées dans d’interminables mises en contexte en voix off, la pièce démarre donc enfin, resserrée sur les deux personnages d’Anna et Daniel. Car finalement, on sait que c’est ce que l’on attendait : le face à face entre la frêle et pétillante Anna, et Daniel, musculeux et pataud. Le nom de Vanessa Cailhol, qui interprète Anna, avait motivé notre venue, et quand elle apparaît sur scène, l’enthousiasme et le sourire s’emparent du spectateur un peu assoupi jusque-là. Que de grâce et de pétillance chez cette comédienne qui, de la comédie musicale « Chicago » à des comédies à succès, en passant par Lagarce, sait quasiment tout faire, à tel point qu’on lui pardonne son empressement un peu trop excité et quelques tics de jeu sans conséquence. Le critique n’a pas vocation à réécrire une pièce mais en voyant la frêle et néanmoins dynamique Anna danser dans les bras de Daniel, son élève baraqué, on se prend à songer à une autre pièce qui aurait pu se centrer sur ces deux-là, laissant le spectateur construire son récit autour de la notion d’héritage.
Eric Dotter
|