en 
 
 
cinema

 
 

Nous les grosses (jusqu’au 30 mai)

le  14/05/2026   au sein de la Manufacture des Abesses, (du mercredi au samedi à 19h)

Mise en scène de Guillaume Druez avec Stéphane Bissot écrit par Guillaume Druez




Ah, je vous vois venir, vous allez encore penser – à tort – que ce spectacle va jouer à fond la carte des généralités, banalités et clichés sur le quand-dira-t-on autour de celles – et aussi ceux - qui ont de l’embonpoint ! Chassez tout de suite cette image galvaudée de votre esprit et découvrez plutôt ce « seule en scène » d’un autre acabit, d’une intensité, d’une force et d’une réflexion bien au-delà du simple poncif éculé ! Cette fois, on est en pleine « analyse thérapeutique » tragi-comique du comportement lorsque le surpoids vient plus ou compliquer le relationnel et le quotidien de l’individu, en l’occurrence ici, une femme.
Et quelle femme ! Stéphane Bissot, une comédienne belge (sans accent) qui prend totalement possession de son personnage, elle-même avec quelques kilos en trop (« obésité modérée », dit-elle), capable d’exprimer toutes les phases par lesquelles peuvent passer celles qui doivent affronter l’opinion de l’autre, voire des autres, tout en essayant de suivre un régime. Elle ne triche pas, elle ne se décourage pas non plus, elle assume complètement ce qu’elle « bouffe », le tout avec une aisance, une prestance et une fierté pleine de panache. Sans aucune frustration ni lamentation dans ses propos, sans être aucunement complaisante envers elle-même et encore moins revancharde haineuse face aux remarques désobligeantes lancées à son encontre, la voilà qui tient un discours tour à tour incisif, poétique, drôle, touchant, serein, féroce, intime, piquant, acerbe, tenant le verbe haut et la concentration des spectateurs attentionnés, tous acquis à sa « noble cause ».
Si le texte n’est pas d’elle – de Guillaume Druez, récemment disparu -, il semble avoir été judicieusement écrit tout spécialement pour elle, tant elle le vit, se donnant à fond, à chaque moment, à chaque instant à travers ce beau et profond monologue d’une heure criant de vérité, qui ouvre à la réflexion sur l’addiction et à l’interrogation du mal-être. On ne s’apitoye pas sur son sort, non, on l’accepte avec tout ce que cela peut comporter comme colère (elle s’insurge sur le regard des autres), troubles (et pas uniquement alimentaires !), résignation (« la laideur ne brûle pas comme les calories »), autocritique (elle n’est nullement complexée, sans d’ailleurs rien cacher de son anatomie), et objectivité (elle assume sans avoir envie de faire attention toute sa vie).
Avec un sens nuancé de l’à-propos, une parfaite maîtrise de la diction et du gestuel, cette comédienne à « forte » personnalité – qui gagne à être connue hors de ses frontières – nous fait passer du rire aux larmes et on en redemande au final sous nos applaudissements fort « nourris » eux !

C.LB



 
 
 
                                                      cinema - theatre - musique