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L’ogrelet (jusqu’au 3 juin)
le 02/05/2026
au
théâtre Essaïon, 6 rue Pierre-au-Lard 75004 Paris (samedi et dimanche à 14h15)
Mise en scène de Christophe Laparra avec Christophe Laparra et Patricia Varnay écrit par Suzanne Lebeau
Il est bien grand pour ses 6 ans, ce jeune garçon que sa mère veut envoyer à l’école. Il faut dire qu’il a de qui tenir : son père était un ogre, ce qui fait de lui un petit d’ogre, un ogrelet. Mais tout cela, il l’ignore, comme il ignore pourquoi sa mère le contraint à un régime exclusivement végétarien, dont tous les aliments rouges, tomates, fraises, framboises, seraient exclus, histoire de ne pas provoquer l’instinct de ce fils d’ogre, mangeur de chair fraiche et rouge, celle des enfants. L’Ogrelet, c’est le petit nom que lui donne sa mère, et auquel il préférera Simon. Va pour Simon donc. Alors, taisons-lui ce que sa mère, abandonnée par son mari, ne lui racontera que plus tard, et regardons-le se rendre à l’école, et tenter d’interagir avec des camarades de classe qui le trouvent décidément un peu étrange, sauf la jeune Pamela peut être. Sa mère l’a bien prévenu de ce qu’il devait dire à la maitresse si celle-ci s’étonnait de sa grande taille et lui refusait l’école : elle l’a mis en garde quant à la conduite exemplaire à tenir en classe. Mais hélas, rapidement, les soucis commenceront et les mots de la maitresse se multiplieront, amenant la mère de l’Ogrelet-Simon à en dire plus à son fils sur les épreuves qui l’attendent, lui qui n’est ni tout à fait un ogre, ni un enfant comme un autre. Poétique dans son écriture comme dans la mise en scène que propose Christophe Laparra, qui joue l’Ogrelet, le texte de la québécoise Suzanne Lebeau offre un style plaisant et un peu suranné. La narration, pourtant récente (l’Ogrelet a été écrit en 2003), reprend les codes du conte classique : la maison de l’Ogrelet et de sa mère est perdue en pleine forêt, entourée d’animaux sauvages, l’école est à plusieurs kilomètres de distance et presque aucune référence à une modernité d’aucune sorte n’est faite. Le conte pourrait presque dater du XVIIème siècle. L’Ogrelet/Simon est grand, trop grand pour son âge mais il reste un enfant, un enfant qui se verra révéler ses origines monstrueuses (pas facile d’avoir un père mangeur putatif de chair infantile) mais tentera de trouver sa voie à lui, celle d’un gamin comme les autres, franchissant des épreuves apparemment insurmontables. Christophe Laparra, qui a largement dépassé son 6ème anniversaire, propose un Ogrelet tout en fraicheur et en apparente naïveté : aucune gêne donc à voir cet adulte-là incarner un enfant. Quant à sa mère, toute en bienveillance et en inquiétude, c’est Patricia Varnay qui lui donne ses traits, et on lui souhaite bien du courage pour maitriser l’éducation d’un pareil enfant dont l’instinct domine parfois le comportement. Le décor se meuve à foison dans cette salle voutée du théâtre Essaion et le soin apporté aux lumières mériterait que l’on pousse un peu les éclairages car on a parfois du mal à distinguer l’action. Pour suivre l’Ogrelet dans ses mouvements en dehors de sa maison, la mise en scène a choisi un dessin animé projeté en fond de scène et ca fonctionne plutôt bien. Comme tous les contes classiques, rédigés avant la relecture politiquement correcte de Disney, l’Ogrelet recèle sa part d’effroi et de violence, c’est donc avec un peu de surprise que l’on voit ce spectacle proposé aux enfants à partir de 8 ans. Mais peut-être l’enfant de 8 ans est-il aujourd’hui moins sensible que l’ex gamin qui rédige les lignes de cette critique… Enfants ou adultes trouveront donc dans l’Ogrelet un spectacle de qualité, avec une narration bien construite et des acteurs convaincants. De quoi nourrir l’imaginaire de spectateurs pas trop impressionnables et les cauchemars des autres…
Eric Dotter
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