| |
Attention, ne pas plier ! (jusqu’au 30 avril)
le 23/04/2026
au
théâtre Clavel, 3 rue Clavel 75019 Paris (jeudi à 19h30)
Mise en scène de Sarah Azerof avec Sarah Azerof, Yu-hung Hou, Jérôme Léger, JulieJane Nissen, Giacomo Peia écrit par et chorégraphié par la Compagnie Faulty Wire
Devant un public mélangé et parlant apparemment toutes les langues, la salle s’assombrit et les notes d’un clavier retentissent, bientôt suivies par l’apparition sur scène d’un drôle de petit personnage apparemment stressé et préoccupé par l’ordre et la gestion des documents qu’il a devant lui. Sans un mot, ou si peu, une femme et un homme apparaissent, à leur tour. En moins d’une minute, leur couple se forme, enfante, éprouve le deuil et se sépare. Seules les notes d’une musique interprétée en direct donnent le tempo, générant une sorte de chorégraphie du geste. Quelques rares paroles plus tard, on apprend que cette grande femme blonde, c’est Madame Bubois, et l’homme à crinière de lion qui lui fait face avec son avocat, c’est son mari. Ils entament un pas de deux, sorte de round d’observation avant la confrontation. De luttes en tentatives de conciliation, de rencontres en affrontements, d’échanges de documents en séances de signatures, le papier est partout, et Kevin, la créature du début, en est le garant. Alors, quand on se déchire, on déchire du papier, quand on éparpille les précieux sésames, Kevin est fébrile, courant après une feuille jetée au vent. Mais bientôt, le papier devient un moloch, sorte de blob absorbant tout. Et la tempête transforme l’ordre si scrupuleusement respecté par Kevin en tempête. Autour de Sarah Azerof, la comédienne américaine à l’initiative de « Attention ne pas plier », la troupe est aussi internationale que le public venu la soutenir. Taiwanais, italien, danois, turc, français se rassemblent pour créer cet objet original entre chorégraphie, mime et théâtre. Hélas, le soir de notre venue, la magie n’a pas opéré : les corps de ces comédiens semblaient bien rigides dans la chorégraphie qu’on leur impose. On a parfois le sentiment d’un spectacle un peu désincarné où la conscience du jeu l’emporterait sur le moment présent. Pire : les ficelles de la magie que l’on envisage de créer sont apparentes et rompent ainsi le charme. Un éclairage trop puissant vient encore dévoiler les coulisses, et c’est dommage. C’est comme si les comédiens se livraient chacun à leur tour à un numéro en solitaire et à plusieurs, rentrant et sortant du jeu de manière ostensible. Seul Kevin, interprété par Yu-Hung-Chou, semble toujours à sa place, tenant bon la barre de sa « cathédrale » de papier. Pourquoi donc un assemblage d’ingrédients de qualité donne-t-il un résultat aussi insipide ? On a enquêté et la réponse tient en une série de faits ayant affecté la représentation de ce 23 avril : une reprise du spectacle, encore un peu jeune, un changement dans la distribution et, peut-être tout simplement, un manque d’intensité, de communion entre ces sept artistes. Preuve s’il en était besoin de l’aspect précieux et fragile du spectacle vivant. Donnons donc une chance à ce spectacle qui, après une dernière date à Paris le 30 avril, partira pour l’aventure du « off » à Avignon, du 4 au 25 juillet au théâtre du Rempart à 10h (sauf les 9, 16 et 23/07).
Eric Dotter
|