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Big mother (jusqu’au 30 juin)

le  16/04/2026   au théâtre des Béliers Parisiens, 14bis rue Saint Isaure 75018 Paris (du mardi au samedi à 19h et dimanche à 17h)

Mise en scène de Melody Mourey avec Etienne Beydon, Ariane Brousse, Anne Buffet, Benoît Cauden, Éric Chantelauze, Solène Cornu, Anatole de Bodinat, Axel Huet, Jordi Le Bolloc'h, Marine Llado, David Marchal, Karina Marimon, Loris Mercatelli, Laurence Oltuski.... écrit par Melody Mourey




Et si un scandale éclaboussait les USA, mettant en évidence l’utilisation du Big Data au service de la manipulation de masse et de l’élection d’une ploutocratie technoïde et libertarienne ? C’est le postulat de départ de « Big Mother » qui depuis 3 ans remplit les salles et se pose en ce moment sur la scène du théâtre des béliers parisiens. Melody Mourey y tisse une fort complexe intrigue qu’elle situe au pays de l’oncle Sam. On y voit une équipe de journalistes courageux, du type de ceux Washington Post à l’époque du Watergate, tenter de mettre à jour un énorme scandale visant à faire tomber le patron d’une agence de communication postulant à l’élection suprême.
La méthode de ce roi des temps modernes ? Faire traiter toutes les données laissées de manière volontaire par les citoyens sur le net par des algorithmes et « rendre le pouvoir » au peuple. De pouvoir, il ne s’agit que du sien propre pour transformer les citoyens pensants en consommateurs passifs. Ethique contre matérialisme, injuste combat (perdu d’avance ?) entre les tenants d’une vérité journalistique et ceux qui se pensent les maitres du monde : « nous vivons dans une autre réalité, pendant que vous étudiez notre réalité, nous en créons une nouvelle », aux dires du candidat, le combat confronte deux visions du monde.
« On ne peut pas se battre à la loyale alors que toute le monde triche », lâche cyniquement Howard Mecer, fondateur de l’agence de communication « Hundred Monkey » et candidat aux présidentielles. Alors, comme César proposait autrefois « du pain et de jeux », le candidat offre au peuple ce qu’il « estime être bon pour lui : « si leur attente, c’est le confort, alors donnons [lui] ce qu’il veut ». L’équipe de journalistes arrivera-t-elle à ses fins ? Le cynique candidat Mecer et son parti, ironiquement intitulé « démocratie totale », arrivera-t-il à gagner le poste suprême ? On laissera le suspens entier.
C’est sous la forme d’une intrigue haletante et d’un jeu rythmé, au risque d’en devenir un peu mécanique, que Mélody Mourey a conçu sa pièce : la vidéo et les éclairages modèlent les lieux et les séquences s’enchaînent à toute vitesse, perdant parfois un peu le spectateur qui se retrouve à la séquence suivante. Intrigue amoureuse, conflits d’intérêts, suppression de témoins gênants, les scènes se suivent et peu à peu tissent la toile d’une intrigue très, parfois trop fournie. Le spectateur ne s’ennuie pas, l’action ne nous laisse pas l’occasion, et il est saisi par la contemporanéité du sujet, une problématique qu’il prend en pleine face, comme consommateur, addict aux réseaux sociaux et soucieux de retrouver une liberté qu’il a délégué à la toile.
Un critique un peu pointilleux pourrait regretter un texte manquant de finesse et ne prenant pas la peine de se situer en dehors des USA. Mais force est de reconnaitre au spectacle une véritable efficacité qui touche un public nombreux et jeune. On se plaint suffisamment dans ces colonnes de la faiblesse d’écriture des comédies françaises contemporaines pour ne pas reconnaitre à « Big Mother » une force et une acuité particulières.

Eric Dotter



 
 
 
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