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Roberto Zucco (jusqu’au 18 avril)

le  04/04/2026   au théâtre 14, 20 avenue Marc Sangnier 75014 Paris (mardi, mercredi et vendredi à 20h, jeudi à 19h et samedi à 16h)

Mise en scène de Rose Noël avec Natalia Bacalov, Lola Blanchard, Simon Cohen ou Vincent Odetto, Laurence Côte, Maxime Gleizès ou Thomas Rio ou Pierre Loup Mériaux, Axel Granberger… écrit par Bernard Marie Koltès




1987, un avis de recherche en Italie. Roberto Succo, un dangereux criminel est en fuite : il a commis un double parricide, abattu froidement un policier et commis plusieurs viols. C’est l’époque à laquelle les histoires de criminels inspirent les auteurs, En 1985, Libération avait publié le texte de Marguerite Duras « sublime forcément sublime Christine V » posant comme un fait acquis la culpabilité de sa mère dans l’assassinat du petit Grégory, et piétinant pat là-même la présomption d’innocence.
A son tour, la sanglante cavale inspire Bernard-Marie Koltès qui, en 1988, publie le texte de cette pièce dans laquelle Roberto Succo, par un glissement de consonne, devient « Roberto Zucco ». Ange à belle gueule, voici le criminel sanglant haussé à la hauteur d’une figure mythologique. L’auteur s’est en effet identifié à ce jeune homme en cavale, au bord de la mort, lui qui se sent si proche de la fin, atteint d’une maladie à l’époque sans traitement (Koltès mourra du SIDA en 1989).
Pièce créée à Berlin en 1990 et tant de fois jouée, « Roberto Zucco » fait l’objet d’une nouvelle mise en scène au théâtre 14. Le public y est accueilli de manière un peu suspicieuse par des vigiles qui, une fois les spectateurs installés, prennent place devant les issues. Que l’on se rassure, pas de mesure sécuritaire ici : le spectacle a déjà débuté et ce sont des policiers à la recherche d’un criminel qui ont inspecté nos sacs. Le musicien et la musicienne ont eux aussi commencé ; ils seront comme la pulsation d’une action parfois trépidante, souvent violente. Violon, guitare et percussions marquent ainsi certaines scènes. Les chants sont en italien (surtitré) : « je redoute ton mauvais sort, je ne veux pas subir tous tes éclats ». Comme un augure prédisant un avenir funeste, la mélopée nous annonce le malheur qui pavera les pas de Zucco, un malheur qu’il répandra lui-même.
« Tu es fou, Roberto, on aurait dû comprendre ça quand tu étais au berceau […] ne t’approche pas de moi, je porte encore le deuil de ton père ». Mais Roberto s’approchera de sa mère et refermera sur son cou l’étau mortel de ses mains. Jeune et séduisant, il trouvera sur sa route une toute jeune fille. C’est cette fois-ci son sexe qui sera son arme et la jeune fille deviendra « femelle » comme son frère la désignera avec mépris une fois le viol consommé. De prise d’otages en assassinat, Roberto (joué par le très bondissant Axel Granberger) finira dans les geôles des prisons italiennes, comme si tout lui échappait : « tout ça s’est déroulé comme dans un film, en dehors de moi ».
Pas d’analyse psychologique dans « Roberto Zucco », juste l’énergie de celui qui court à sa perte et brûle ceux et celles qu’ils croisent du feu de sa violence. En ce sens, la mise en scène de Rose Noël est fidèle au texte de Koltès et les comédiens sont impeccables mais hélas, que tout cela manque d’émotions ! Alors, sans pour autant s’ennuyer, pris que l’on est par le dynamisme physique des comédiens, c’est du côté des excellents musiciens qu’on va la chercher, cette émotion. Mélopées planantes ou percussions, ils prennent le spectateur dés son entrée dans une salle baignée d’éclairages rouge sang et ne le lâcheront pas. Même si ce Roberto Zucco ne marquera pas l’histoire du théâtre, la mise en scène de Rose Noël offre une bonne entrée dans l’œuvre de Koltès, un auteur qui ambitionnait de nous aider à comprendre l’âme humaine.

Eric Dotter



 
 
 
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