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The mad dog of Europe
Sortie
le 15/04/2026
De Rubika Shah avec Ben Mankiewicz, Nick Davis, Thomas Doherty, Steven J. Ross, Sydney Stern...
En 1932, Herman J. Mankiewicz, qui deviendra célèbre 10 ans plus tard pour son scénario de Citizen Kane, écrit The Mad Dog of Europe : un script visionnaire dénonçant la menace hitlérienne. Entre pressions diplomatiques et intérêts économiques, les studios hollywoodiens préfèrent se taire et enterrer le projet. L’histoire de ce film jamais produit semble résonner avec les fractures de plus en plus menaçantes de notre époque, ils vont devoir lutter contre les éléments, tandis que le désespoir et la folie menacent de les emporter..
Ce documentaire bien fourni pourrait tout à fait s’apparenter à une biographie en hommage à l’un des scénaristes les plus brillants et les mieux payés d’Hollywood dans les années 30. En effet, on y découvre le parcours plus ou moins mouvementé d’Herman J. Mankiewicz, scénariste et producteur de cinéma américain (on lui doit notamment 3 films des Marx Brothers : Monnaie de singe, Plumes de cheval, et La soupe au canard) et frère aîné de Joseph, célèbre scénariste et réalisateur. S’il est un dramaturge sans succès, il se révèle bien plus prolifique en tant qu’auteur entre 1926 et 1950, récompensé à juste prix par un Oscar pour sa collaboration au script de Citizen Kane avec Orson Welles. Néanmoins, cette figure emblématique d’Hollywood a voulu écrire quelque chose d’important et son scénario de « The mad dog of Europe », écrit en 1933 c’est-à-dire 5 ans avant le début de la seconde guerre mondiale, était une parabole d’anticipation qui dénonçait le fascisme en démontrant les clés de l’ascension fulgurante d’Hitler et ses possibles répercussions (qui se sont finalement révélées justes après coup !). Visionnaire prophétique et donc précurseur avant l’heure, son sujet, bien au-delà d’un simple film de propagande anti-nazi, possédait déjà une lucidité terrifiante de ce qu’il allait advenir plus tard et avait pour mission de tenter de faire tomber Hitler, du moins, il l’espérait. Peine perdue car son réquisitoire fut refusé par tous les studios américains qui refusaient d’admettre les intentions d’Hitler et choisirent le silence, eux-mêmes dans une posture économique délicate ainsi qu’un climat politique et idéologique dangereux. On connaît les intérêts et surtout les profits qui étaient en jeu (L’Allemagne était à l’époque le 2ème marché mondial pour le cinéma après les Etats-Unis), ce qu’on savait moins, c’est qu’un conseiller nazi était présent à Los Angeles pour influencer telle décision de production et censurer pour ne pas dire interdire tout scénarii, de surcroit écrit par des juifs, qui critiquait ouvertement le 3ème Reich et son führer. On sait également que l’imaginaire visuel est le meilleur moyen de communiquer auprès des masses et, placé entre de mauvaises mains, celle-ci peut se révéler menaçant voire dramatique et même funeste. Un autre Joseph, le sieur Goebbels, alors ministre de l’éducation du peuple et de la propagande pendant le règne d’Hitler, l’avait très bien compris et s’en servait assidument pour manipuler ses concitoyens allemands. Bref, il faudra attendre la sortie du film « The mortal storm » en 1940, avec James Stewart et produit par la MGM, pour que l’on parle enfin frontalement d’anti-nazisme au cinéma U.S.. Si ce documentaire rigoureux et sans complaisance – avec la participation de Ben Mankiewicz et Nick Davis, petits-fils d'Herman - permet de nous rappeler « au bon souvenir » de ce passage méconnu dans l’histoire cinématographique d’Hollywood et qui semble recommencer à nouveau dans certaines régions du globe, il nous permet également de connaitre les tenants et les aboutissants d’un tel refus et d’une telle capitulation collective, qui aurait peut-être pu changer à son échelle un peu la face du monde !
C.LB
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