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Le son des souvenirs
Sortie
le 25/02/2026
De Oliver Hermanus avec Josh O’Connor, Paul Mescal, Chris Cooper, Molly Price, Raphael Sbarge et Michael D.Xavier
Lionel, jeune chanteur talentueux originaire du Kentucky, grandit au son des chansons que son père chantait sur le perron de leur maison. En 1917, il quitte la ferme familiale pour intégrer le Conservatoire de Boston, où il fait la rencontre de David, un étudiant en composition aussi brillant que séduisant, mais leur lien naissant est brutalement interrompu lorsque David est mobilisé à la fin de la guerre. En 1920, réunis le temps d’un hiver, Lionel et David sillonnent les forêts et les îles du Maine pour collecter et préserver les chants folkloriques menacés d’oubli. Cette parenthèse marquera à jamais Lionel. Au cours des décennies suivantes, Lionel connaît la reconnaissance, la réussite, et d’autres histoires d’amour au fil de ses voyages à travers l’Europe. Mais ses souvenirs avec David le hantent encore, jusqu’au jour où une trace de leur œuvre commune ressurgit et lui révèle combien cette relation a résonné plus fort que toutes les autres..
Il est bel et bien question ici de vieilles chansons, un chapelet de ballades traditionnelles et populaires d’antan qui illustrent régulièrement les 2 heures que dure le film. Loin d’être une sorte de comédie musicale revue et corrigée, il faut tout de même reconnaître que ça chante – parfois mal - à tout va et périodiquement, presque toutes les 10 minutes. Donc, soyez prêt à écouter pas mal de rengaines anglophones – plus quelques chants italiens interprétés a capella – puisque c’est tout de même la base du scénario, d’où le titre d’ailleurs ! Ce long métrage aurait pu tout aussi bien s’appeler Le son « persistant » de nos vies, tant il est vecteur de multiples sensations véhiculées à des moments très particuliers de nos existences, que les 2 protagonistes principaux d’ailleurs s’amusent à jouer, à fredonner et même à enregistrer ici et là. Normal me direz-vous puisque l’un étudie le chant et l’autre la composition ! El les voilà partis en goguette, en quête de nouvelles ritournelles locales à dénicher et à immortaliser dans une « drôle de machine », l’ancêtre du Nagra. Pour cela, ils iront les chercher un peu partout aux 4 coins de l’état du Maine aux Etats-Unis, tels 2 randonneurs épris d’aventure, de nature et de liberté. Parce qu’il est aussi question d’amitié singulière sublimée pour ne pas dire d’amour intime passionnée entre les 2 jeunes hommes que la vie au grand air va en quelque sorte émoustiller. Ca ne vous rappelle rien ? Mais si, Le secret de Brokeback Mountain sauf que là, ça se passe plutôt en forêts et il n’y a pas de moutons à garder ! Bref, vous l’aurez compris, il s’agit d’une histoire à la fois mélancolique et romantique mais sans aucun sentiment exacerbé ni passion dévorante – on est plus dans le non-dit et la contrariété refoulée -, sur fond de couplets folkloriques d’un autre âge (une bonne centaine d’années au moins !) et de beaux paysages ruraux autant américains qu’anglais et italiens. A ce sujet, tout est filmé avec soin, sobriété et délicatesse, dans un climat doux, pudique, sensible et solennel, autour d’un rythme lancinant, lent – limite mou - et posé voire apprêté mais avec goût. Le réalisateur sud-africain Oliver Hermanus (Shirley Adams ; Beauty ; The endless river ; Moffie ; Vivre) apprécie les plans méticuleux à l’extrême, disons maniéré, et les sujets connotés à plus ou moins forte « identité sexuelle fragile » comme Beauty et Moffie. Ce qui n’a semble-t-il pas fait peur à Josh O’Connor (Seule la Terre ; The crown ; Entre les lignes ; Lee Miller) en musicien tourmenté, ni à Paul Mescal (Aftersun ; Sans jamais nous connaître ; Gladiator 2 ; Hamnet) qui pour l’occasion s’est fait un peu la tête de l’Abbé Pierre jeune !
C.LB
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