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L'art d’être mon père (jusqu’au 15 février)

le  30/01/2026   au théâtre de la Reine Blanche, 2bis passage Ruelle 75018 Paris (mercredi et vendredi à 21h, et dimanche à 18h)

Mise en scène de Philippe Sazerat avec Julie Timmerman écrit par Julie Timmerman




On a écrit ici tout l’intérêt que l’on porte au travail de Julie Timmerman, comédienne, metteuse en scène et autrice de pièces passionnantes qui traitent tout autant des méfaits de la manipulation par la communication à des fins mercantiles (« un démocrate ») que de sujets plus personnels, telle « Zoé », pièce dans laquelle est évoquait avec humour et sensibilité l’histoire d’une petite fille dont le père, bipolaire et comédien, oscille entre enthousiasme extrême et noire dépression. Avec un tact infini et une distribution formidable, elle touchait ainsi à l’autobiographie sans jamais effleurer le pathos.
C’est justement cette histoire qu’elle reprend ici de manière différente, cette fois-ci en endossant seule sur scène tous les rôles, décentrant l’action du milieu familial vers l’école. « Bonjour, je suis le papa de Zoé et Mme Schropfer (l’institutrice) m’a demandé d’organiser votre spectacle de la fête de l’école, « les Misérables » ». Avenant et souriant, le papa de Zoé, comédien sans contrat, s’engage corps et âme dans ce spectacle qu’il veut organiser comme une grande comédie musicale : « Si Victor Hugo avait monté Les Misérables, il l’aurait fait avec des enfants… Vous êtes le peuple qu’on vole, celui qui se révolte ». Devant des enfants de CM2 médusés, et sa fille désabusée, le comédien est partout : donnant des instructions à l’un, ordonnant au prof d’arts plastiques de collaborer au décor, tentant de transmettre son enthousiasme débordant (et parfois envahissant) à toute la troupe.
Mais rapidement le malaise transparait, l’engagement des enfants, qui préfèrent jouer avec des copains que jouer au théâtre, n’est pas à la hauteur de ses attentes, et l’agacement des adultes se fait visible : « le chef d’orchestre m’a demandé de vous dire de ne pas l’appeler à 4h du matin » ; souligne ainsi l’institutrice. Le coup de semonce passé, le père reviendra à son obsession : monter ce Victor Hugo qui lui tient tant à cœur. Les répétitions reprendront ainsi plus sereinement mais en mêlant l’action du roman touffu de Hugo et les obsessions pathologiques du père de Zoé.
Zoé, pièce à quatre personnages, nous avait enthousiasmés, et force est de constater que ce seule en scène est un peu en dessous. On admire la belle énergie avec laquelle Julie Timmerman, unique comédienne et initiatrice de ce spectacle, saute d’un personnage à l’autre. Elle cherche dans la petite fille toute la maturité d’une enfant qui se sent en charge de son père malade, et dans le père, qui porte le beau nom de Jacques Tourneur, référence évidente au cinéma, elle trouve l’enfance d’un regard sans filtres, un regard qui ne fait pas la distinction entre le grave et l’important, le futile et l’inutile. Mais parfois, ce jeu de chaises musicales donne un peu le tournis, même si l’on ne reproche pas ici à la comédienne-autrice-metteuse en scène de vouloir dépoussiérer pour quelques dates la forme modeste d’un propos ambitieux.
Question fondamentale : la comédie musicale finira-t-elle par avoir lieu sur la scène de l’école primaire de Zoé ? On ne le dira pas ici réservant la surprise aux spectateurs de la Reine Blanche qui assisteront à l’une des quelques représentations données dans ce théâtre. Un bon moyen de faire connaissance avec le beau travail de Julie Timmerman, car oui, il faut découvrir sans tarder cette artiste !

Eric Dotter



 
 
 
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