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Mon royaume pour un poney (jusqu’au 29 mars)
le 22/01/2026
au
théâtre de La Tour Eiffel, 4 square Rapp 75007 Paris (du jeudi au samedi à 20h30 et dimanche à 18h30)
Mise en scène de Gwen Aduh avec Andy Cocq, Christophe Fluder, Jean-Marie Lecoq ou Philippe Vieux, Miren Pradier, Matthieu Rozé, Denis d’Arcangelo en alternance avec Katia Tchenko écrit par Philippe Vieux
Comédie un soir, drame le lendemain, Paris offre une telle diversité de théâtres et de pièces que l’on peut à loisir piocher dans les styles et les formes que metteurs en scènes et comédiens proposent tous les soirs. Choix de ce jour : une comédie signée Philippe Vieux, mise en scène par Gwen Aduh, « Mon royaume pour un poney », et un théâtre jusqu’alors jamais encore visité : le théâtre de la Tour Eiffel. Les amateurs de Shakespeare auront peut-être reconnu dans le titre de la pièce une allusion à « Richard III » où le vieux roi perdant son cheval en pleine bataille en réclamait un autre. De « Richard III », il est en effet question ici, car nous faisons connaissance d’une troupe de comédiens, apparemment à la chasse au cachet, réunis par la volonté d’un metteur en scène un peu dépassé pour monter la pièce de l’auteur anglais. Mais voilà, Lucchini, pressenti pour le rôle de Richard III, s’est désisté. Faute de moyens, le metteur en scène a donc fait appel à un ami de collège, entretemps devenu vendeur de meubles. Cependant, il y a un deal : le vendeur de meubles apporte des moyens mais c’est à lui que reviendra le rôle-titre. On ne révèlera pas l’unique surprise de la pièce mais c’est un poney plus qu’un cheval auquel il pourra prétendre. Dés la présentation des comédiens, on est projeté, non au XVIème siècle mais dans les années 80 et la lourdeur inhérente à un comique désormais d’un autre temps : un des comédiens est homo (donc forcément efféminé et amateur de comédies musicales ?), un autre, le « vieux » de la distribution est affligé de tics verbaux, le metteur en scène est ringard et la femme sans guère de substances. Il y a enfin la directrice du théâtre, forcément nymphomane. N’oublions pas au passage le personnage du producteur, rôle-titre qui, veste mal ajustée et discours de marchands de voiture, entreprend de ripoliner Shakespeare et introduire du merchandising : « R III » pour faire de cette pièce une entreprise rentable. Une fois posée l’intrigue, on attend le jeu, et c’est hélas une succession de catastrophes : le thème du théâtre dans le théâtre ayant été rebattu, et celui de la catastrophe théâtrale abordé parfois avec talent, on attendait ici un jeu à la hauteur du thème : hélas, mal ou pas dirigés, les comédiens offrent un jeu feignant et médiocre, que ne sauve pas un texte sans grand intérêt stylistique. On sent cependant que techniquement, il y a de l’ambition : le décor changeant sent la bonne construction solide. Hélas, il n’est le support que de médiocres échanges. On tente aussi l’introduction de marionnettes. Hélas, manipulées sans aucun talent, elles ne parviennent jamais à accéder à la vie. Pire, certaines actions des comédiens deviennent incompréhensibles, les cascades tombent à plat, et l’on se prend à regarder compulsivement l’heure en attendant que nos souffrances s’achèvent. Par respect pour le travail sûrement accompli, nous sommes cependant restés jusqu’à la fin de la pièce. Bref, à moins d’une reprise en main ferme de la mise en scène et un ripolinage du texte, voilà une comédie qui risque de botter en touche et de faire un flop.
Eric Dotter
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