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OSS 117 – Alerte rouge en Afrique noire
Sortie
le 01/05/2023
chez
Gaumont vidéo (DVD, Blu-Ray)
De Nicolas Bedos avec Jean Dujardin, Pierre Niney, Fatou N’Diaye, Natacha Lindinger, Wladimir Yordanoff, Gilles Cohen et Habib Dembélé
1981. Hubert Bonisseur de La Bath, alias OSS 117, est de retour. Pour cette nouvelle mission, plus délicate, plus périlleuse et plus torride que jamais, il est contraint de faire équipe avec un jeune collègue, le prometteur OSS 1001.
Jamais 2 sans 3 ! Fort du succès des deux premiers épisodes des aventures de l’agent secret bien français Hubert Bonisseur de La Bath, alias OSS 117, on ne pouvait décemment pas le laisser « disparaître » des écrans de cinéma, d’autant que l’homme, attachant et plein de superbe, n’a pas évolué, toujours aussi insouciant, arrogant, méprisant, chauvin, macho et raciste, quelque soit l’époque où il se manifeste. 15 ans plus tard par rapport à celle du précédent volet, notre héros est cette fois-ci dégradé, ridiculisé, presque humilié, en manque de confiance, encore plus beauf, xénophobe, ringard, abruti, idiot pour ne pas dire « con » qu’auparavant, n’omettant nullement de rajouter une bonne couche de 2ème degré quand l’occasion se présente. Au lieu d’avoir derrière la caméra Michel Hazanavicius, l’instigateur de cette fameuse saga avec les 2 excellents premiers opus au compteur, c’est au tour de Nicolas Bedos (Monsieur et madame Adellman ; La belle époque) de s’attaquer plutôt assez maladroitement à cette nouvelle mission exotique qui se déroule cette fois en Afrique, après l’Egypte et le Brésil. Il y avait donc de quoi avoir un certain nombre d’effets de surprises et autres subtilités scénaristiques qui, malheureusement ici, ne sont pas au rdv. Les quelques gags s’enchaînent poussivement et sans grande nuance narrative, voire même très lourdingues par moment, autour d’une histoire fort mal ficelé, décousu, sans fil « rouge », alors qu’il y avait matière à faire une parodie bien sentie, plutôt rythmée et punchy, à la hauteur de nos attentes depuis 12 ans. La faute autant au casting qu’à la mise en scène. D’un côté, il aurait été vraiment impensable de choisir quelqu’un d’autre que Jean Dujardin pour interpréter l’absurde et l’excentrique OSS 117 mais son jeu, égal à lui-même et sans génie, se limite à réutiliser les mêmes expressions redondantes (« Pourquoi j’ai pas ça, moi ? ») et les mêmes mimiques plus du tout surprenantes. Quant à Pierre Niney, son alter ego version moderne et de surcroît dans un style « mignon » teinté en blond, il ne semble pas à l’aise dans la peau d’un agent en compétition avec la « légende » encore vivante, un tantinet à la ramasse et dépassée par son temps. Bref, la « relève » n’assure pas ! De l’autre, le montage se contente platement d’enquiller des scènes pastiches tristounettes et « déjà-vu », en grande partie pompées, pardon, inspirées notamment de plusieurs films de James Bond période Roger Moore (entre autres l’introduction et le générique de début ; l’un des méchants avec sa main articulée, la BO), sans oublier bien sûr de nombreuses allusions et clins d’œil assez éhontés, appartenant à l’époque dans laquelle se déroule l’intrigue principale. Mais le plus dommage reste encore cette propension affichée, cette justification appuyée et cette atténuation exacerbée, à essayer d’écrire avec justesse, humour et irrévérence des propos mysogines, des répliques transgressives et des vannes antisémites qui sont à chaque fois désamorcées et récupérées par une réplique pour finir politiquement correctes et bien-pensantes, non-offensantes pour le commun des mortels. Même si c’est l’époque qui veut ça, elles tombent quasiment toutes à l’eau sans aucune possibilité d’être sauvées ni récupérées d’une manière ou d’une autre. C’est à se demander si le réalisateur (qui fait une brève apparition - un caméo - en client moustachu de l’hôtel) et le scénariste – le pourtant excellent Jean-François Halin à qui l’on doit un grand nombre de scénarios dont les 2 premiers OSS 117 – ne se seraient pas fourvoyer ou bien tromper de comédie en écrivant cet erzat pas drôle et peu convaincant. D’ailleurs, même Michel Hazanavicius n’a pas été emballé et n'a pas rempilé car il n'aimait pas le scénario, c’est vous dire ! En résumé, le défi franchise n’a pas été relevé, l’esprit d’antan n’est pas fidèlement présent, les étincelles tant espérées ne fonctionnent pas et c’est bien regrettable, aux vues de cette opération commerciale convenue, dérisoire et ennuyeuse, certes facile et désuète à souhait mais pas si efficace ni juteuse et encore moins mythique que cela au final.
*En bonus, un entretien avec Jean Dujardin, un autre avec Jean-François Halin, et la bande annonce du film.
C.LB
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